Gouvernance durable des pêcheries en Casamance : le plaidoyer des acteurs pour une maîtrise des données

Gouvernance durable des pêcheries en Casamance : le plaidoyer des acteurs pour une maîtrise des données

En Casamance, la pêche artisanale est une source vitale de revenus mais aussi un secteur menacé par la raréfaction des ressources et le non-respect des normes. Grâce à un programme de collecte scientifique mené par l’Association Club Changement Climatique Sénégal (A3C) avec l’appui de Blue Ventures, les acteurs disposent désormais de données précises sur les poissons et les crevettes. Ces résultats, partagés avec les autorités locales et les communautés, mettent en lumière la dépendance économique des villages, les failles dans la régulation et la nécessité d’une gouvernance inclusive.

Données révélatrices et enjeux économiques

En moins de dix mois, près de 60 millions de francs CFA ont été générés dans les zones ciblées, avec plus de 300 tonnes de produits halieutiques collectés. Mais seulement 30 % des espèces étaient matures.

Pour Awa Rane Ndoye de Blue Ventures, « si nous avions atteint 50 % de maturité, l’impact économique aurait été colossal ».Sadou Ba, directeur exécutif de l’A3C, souligne l’importance de la démarche : « La conservation a besoin d’être renforcée par des données fiables. Sans elles, la gouvernance reste aveugle ». Ces chiffres confirment une réalité : les communautés dépendent directement de la pêche artisanale, mais cette dépendance pourrait devenir une vulnérabilité si les pratiques actuelles perdurent.

Craintes et plaidoyer des acteurs locaux

Les élus et gestionnaires d’AMP ont exprimé leurs inquiétudes. Mamadou Lamine Sera, maire de Koubalan, dénonce : « Le problème du Sénégal, surtout dans le secteur de la pêche, c’est la maîtrise des données.

Et aujourd’hui, des étrangers occupent nos zones de pêche sans que leurs captures soient comptabilisées. C’est un problème de mesure, mais aussi de sécurité ».

De son côté, Seydou Sané, président du comité de gestion de l’AMP Nyamone Kalunaye, met en garde : « Tant que les pêcheurs ne respecteront pas le maillage, nous n’arriverons à rien. Avec des filets trop fins, ils ramassent tout, même les juvéniles, et demain il n’y aura plus rien ».

Il appelle à une prise de conscience collective : « Ce sont les pêcheurs eux-mêmes qui doivent nous aider à protéger la ressource, car ce sont eux les premiers bénéficiaires ».

La gouvernance durable des pêcheries en Casamance repose désormais sur une équation claire : des données scientifiques solides, une implication communautaire réelle et une volonté politique ferme. Les acteurs locaux rappellent que sans discipline et transparence, la richesse halieutique de la région risque de s’épuiser, compromettant à la fois la sécurité alimentaire et l’avenir économique des populations.

Author: La rédaction

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