Transition agroécologique en Casamance : Bignona et Oussouye, laboratoires vivants d’une agriculture durable
Dans la Basse-Casamance, les départements de Bignona et Oussouye se dressent comme des laboratoires vivants d’une agriculture nouvelle. Ici, la terre se cultive sans engrais chimiques, les savoirs ancestraux se conjuguent avec la recherche scientifique, et les communautés locales deviennent les gardiennes d’un patrimoine agroécologique menacé. Cette mutation est portée par l’Institut Panafricain pour la Citoyenneté, les Consommateurs et le Développement (IPAR), le Potentiel de Résilience et d’Autodétermination des Territoires Agroécologiques Menacés (PRATAM), l’Institut National de Recherche pour l’Agriculture, l’Alimentation et l’Environnement(INRAE), le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD).
Ces structures dessinent les contours d’une Casamance éco-durable, vitrine d’un Sénégal en quête de souveraineté alimentaire et sanitaire.

Une région en alerte
La Casamance est confrontée à une érosion silencieuse : disparition d’espèces, fragilisation des pratiques ancestrales et menaces sur les savoirs locaux. Face à ce constat, chercheurs, communautés et institutions s’unissent pour documenter, restaurer et valoriser ce patrimoine agroécologique.
La recherche comme levier
La recherche scientifique et académique joue un rôle central.
Raphaël Belmin du CIRAD/ISRA explique : « Ce n’est pas seulement une démarche documentaire, mais une recherche-action pour qualifier et protéger ce patrimoine. »
Paul Diédhiou, enseignant-chercheur à l’Université Assane Seck de Ziguinchor, ajoute : « Nous devons réfléchir à un horizon de 50 ans pour conserver et valoriser ce patrimoine. » Ses travaux ont permis de redécouvrir l’eneng, fruit cousin du maad.
Ngor Ndour du département agroforesterie souligne : « Les anciens avaient une pratique agricole meilleure pour la plante, meilleure pour la terre et meilleure pour la santé humaine. »
Bruno Thurneim de l’INRAE insiste : « L’agroécologie ici n’est pas à impulser, mais à soutenir, car elle repose sur des héritages forestiers, halieutiques et agricoles. »
Le Professeur Ndiéne Ngom conclut : « Notre rôle n’est pas seulement d’enseigner, mais aussi de produire des recherches qui aident les populations locales. »
Toutes ces voix convergent vers une même conviction : l’agroécologie est à la fois mémoire et avenir.

Bignona, vitrine éco-durable
Au début de l’hivernage, à Bignona, un partenariat entre l’IPAR et la startup sociale Eco-Farm Africa, a permis d’initier une formation intensive de dix jours pour trente participants. Soutenue par Action contre la Faim et la Fondation Robert Bosch, cette initiative s’inscrit dans une logique de recherche-action et d’inclusion sociale.
La formation s’est articulée autour de trois cycles. Le premier, consacré à l’agroécologie et l’entrepreneuriat, vise à transformer la production agricole en modèle économique viable et générateur d’emplois. Le second, dédié aux bonnes pratiques agroécologiques, met l’accent sur la rotation culturale, la fertilisation organique, la diversification des cultures et la gestion durable des ressources forestières. Enfin, le troisième cycle, centré sur les énergies renouvelables et l’irrigation intelligente, introduit le pompage solaire et l’irrigation goutte-à-goutte pour une gestion rationnelle de l’eau.
Clément Sambou, cofondateur d’Eco-Farm Africa, résume : « La théorie ne suffit plus ; c’est par la pratique que s’ancre le changement. »
Oussouye, territoire de pratiques naturelles
À Oussouye, l’agroécologie s’ancre dans les traditions. Les communautés locales valorisent la diversification des cultures, la gestion communautaire des forêts et la transformation des produits. Ici, l’agriculture sans engrais chimiques devient un modèle de durabilité, renforcé par une forte implication sociale et culturelle.
Le vice-recteur Professeur Ndiéne Ngom insiste : « Réunir chercheurs et communautés autour d’une table permet de mieux comprendre les réalités et d’apporter des solutions adaptées. »
Bignona et Oussouye incarnent une Casamance éco-durable, où l’agroécologie devient un levier de souveraineté alimentaire et sanitaire. Ces laboratoires vivants démontrent que l’avenir agricole du Sénégal peut se construire sur une alliance entre savoirs locaux, recherche scientifique et innovation énergétique.






