Vidéo
Prise en charge de la santé mentale des victimes de VBG : une situation préoccupante en Casamance
Une étude présentée à Ziguinchor par Enda Santé met en lumière un déficit majeur dans la lutte contre les violences basées sur le genre : la santé mentale des survivantes reste largement négligée. Malgré des avancées dans la prise en charge médicale et juridique, l’absence de services spécialisés et la faible accessibilité des structures fragilisent un dispositif censé être holistique.

« La lutte contre les violences basées sur le genre est une lutte holistique », a rappelé Boubacar Diouf, responsable du bureau d’Enda Santé à Ziguinchor. « Elle comporte une dimension médicale, psychosociale, juridique et communautaire. Mais nous avons constaté que la dimension santé mentale était peu développée, et c’est dans ce cadre que nous avons commandité une étude pour établir un diagnostic. »
Les résultats, couvrant les régions de Ziguinchor, Kolda et Sédhiou, révèlent des manquements inquiétants. « Il y a beaucoup d’efforts dans la prise en charge des VBG, mais la santé mentale est peu développée parce qu’il n’y a pas de services spécialisés. Le centre psychiatrique Émile Bagane existe à Ziguinchor, mais il reste éloigné de Kolda et de Sédhiou. Quant à la psychologie adaptée aux enfants, elle est quasi absente », a souligné le sieur Diouf.
Un autre constat concerne la perception des acteurs de première ligne. « Beaucoup ne se considèrent pas impliqués dans la prise en charge de la santé mentale. Dans les maternités, par exemple, quand une fille victime de VBG arrive, certains disent : “Moi je ne fais rien, c’est le gynécologue qui s’en occupe.” Mais ce que fait le gynécologue reste purement médical. L’accueil, l’écoute et l’orientation sont occultés. »

La question de l’accessibilité est également centrale. « L’essentiel des acteurs sont concentrés dans les grandes villes, surtout à Ziguinchor, au détriment des autres régions. Cela crée une fracture territoriale dans l’accès aux soins », a expliqué le responsable d’Enda Santé.
Face à ces constats, les perspectives sont claires : « Nous voulons mettre en place un plan d’action, former les acteurs communautaires et les personnels de santé sur la prise en charge des VBG, mais aussi systématiser un circuit de prise en charge holistique qui intègre la santé mentale. », a déclaré le responsable d’Enda Santé Ziguinchor, Boubacar Diouf.
Cette étude agit comme un signal d’alarme : sans une prise en charge psychologique adaptée, les survivantes de violences basées sur le genre restent exposées à une double vulnérabilité. La Casamance appelle à une mobilisation urgente pour que la santé mentale cesse d’être une dimension oubliée dans la lutte contre les VBG.








