Patrimoines agroécologiques en péril : la Casamance mobilise chercheurs 

Patrimoines agroécologiques en péril : la Casamance mobilise chercheurs 

La Basse-Casamance, riche de ses rizières, de ses forêts et de ses traditions, est aujourd’hui confrontée à une menace silencieuse : l’érosion de ses patrimoines agroécologiques. Espèces en voie de disparition, pratiques ancestrales fragilisées, savoirs locaux menacés… Face à ce constat, une mobilisation collective s’organise. Chercheurs, cinéastes et photographes se mettent en première ligne pour documenter, sensibiliser et restaurer ce qui pourrait disparaître demain.

Lors d’une soirée culturelle organisée à l’Alliance française, le réalisateur Thomas Grand, installé au Sénégal depuis 25 ans, a présenté son documentaire Poisson d’or, poisson africain. Pour lui, l’art est une arme de sensibilisation : « Nous, artistes et cinéastes, sommes là pour exprimer nos points de vue sur ces réalités et sur la nécessité de valoriser ces patrimoines agroécologiques ». Cette démarche illustre le rôle des créateurs dans la défense d’un patrimoine qui dépasse le simple cadre agricole pour toucher à l’identité culturelle de toute une région.

Le chercheur-photographe Raphaël Belmin, du CIRAD et de l’ISRA, a dévoilé une exposition de 180 photos et textes, fruit de huit années de recherche en Casamance. Son travail embrasse les dimensions agricoles, forestières, halieutiques, économiques et culturelles. « Ce n’est pas seulement une démarche documentaire, mais une recherche-action pour qualifier et protéger ce patrimoine », explique-t-il. Son approche holistique met en lumière la résiculture des mangroves, l’horticulture, le maraîchage, mais aussi les rites invisibles et les institutions locales qui structurent la vie communautaire.

L’anthropologue Paul Diédhiou, enseignant-chercheur à l’Université Assane Seck de Ziguinchor, insiste sur la co-construction avec les communautés locales. « Nous ne voulons pas faire de l’université une tour d’ivoire. Ensemble, nous devons réfléchir à un horizon de 50 ans pour conserver et valoriser ce patrimoine », affirme-t-il. Ses recherches ont permis d’inventorier des pratiques agroécologiques et de redécouvrir des espèces oubliées. Parmi elles, l’eneng, fruit cousin du mad, plus sucré mais en voie de disparition. Grâce à ces travaux, des initiatives de restauration sont lancées pour sauver ces ressources menacées, en impliquant directement les populations locales.

Au-delà des constats, la dynamique PRATAM (Potentiel de Résilience et d’Autodétermination des Territoires Agroécologiques Menacés) constitue un cadre d’action. Elle vise à qualifier le patrimoine agroécologique de la Basse-Casamance, à le protéger et à développer des stratégies territoriales pour activer et valoriser ces ressources. Cette approche associe sciences, arts et engagement communautaire, créant un espace de dialogue inédit entre chercheurs, artistes et habitants.

La Basse-Casamance apparaît comme un laboratoire vivant où mémoire, recherche et création se rencontrent. Face aux menaces qui pèsent sur ses forêts, ses terres et ses espèces, la restauration des patrimoines agroécologiques devient une nécessité. En conjuguant savoir scientifique, expression artistique et participation communautaire, la région trace les contours d’une souveraineté durable, capable d’inspirer tout le Sénégal et au-delà.

Author: Casamance Info

1 thought on “Patrimoines agroécologiques en péril : la Casamance mobilise chercheurs 

  1. Encouragements aux équipes PRATAM pour leur enthousiasme, dévouement . Merci de nous sensibiliser aux enjeux environnementaux. Félicitations à Raphaël qu’on n connaît.

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