François Bozizé jugé par contumace : le procès « Bossembélé » ouvre une nouvelle page de justice en Centrafrique

François Bozizé jugé par contumace : le procès « Bossembélé » ouvre une nouvelle page de justice en Centrafrique

Le mercredi 17 juillet 2016, le Tribunal pénal spécial (TPS) de la République centrafricaine a ouvert à Bangui le procès par contumace de l’ancien président François Bozizé. Âgé de 79 ans et réfugié en Guinée-Bissau depuis mars 2023, Bozizé est accusé de crimes contre l’humanité commis entre 2009 et 2013 dans la prison civile et le camp militaire de Bossembélé, au nord-ouest de la capitale.

Un ancien président absent mais représenté

Renversé en 2013 par la coalition rebelle Séléka après dix années de pouvoir, Bozizé n’a pas comparu devant les juges. Son avocat assure sa défense, tandis que trois de ses anciens collaborateurs militaires – Eugène Barret Ngaïkosset, Vianney Semndiro et Firmin Junior Danboy – sont présents dans le box des accusés, vêtus d’uniformes orange. Les magistrats affirment disposer de « preuves sérieuses et cohérentes » établissant la responsabilité de l’ancien chef d’État dans des crimes commis par sa garde présidentielle et d’autres services de sécurité.

Les crimes reprochés

Les charges portent sur des meurtres, disparitions forcées, actes de torture, viols et autres traitements inhumains. Ces exactions auraient été perpétrées dans le cadre d’une politique de répression menée par le régime Bozizé entre février 2009 et mars 2013. Le procès, surnommé « Bossembélé », tire son nom de la ville où ces crimes auraient été commis.

Un pays marqué par la guerre civile

Le renversement de Bozizé en 2013 a plongé la République centrafricaine dans une guerre civile sanglante. Les rebelles Séléka, majoritairement musulmans, et les milices anti-balaka, créées par Bozizé et dominées par des chrétiens, se sont affrontés dans un cycle de violences qui a coûté la vie à des milliers de civils. En 2018, l’ONU a accusé les deux camps de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.

Condamnations et exil

Déjà condamné en septembre 2022 à la réclusion criminelle à perpétuité pour « complot » et « rébellion », Bozizé avait pris la tête en 2020 de la Coalition des Patriotes pour le Changement (CPC), une alliance rebelle qui menaçait le pouvoir du président Faustin Archange Touadéra. L’intervention de paramilitaires russes du groupe Wagner avait permis de repousser cette offensive. Contraint à l’exil, Bozizé s’est réfugié d’abord au Tchad, puis en Guinée-Bissau, où les autorités ont refusé son extradition en 2024.

Une étape pour la justice centrafricaine

Le procès « Bossembélé » est le sixième organisé par la Cour pénale spéciale, juridiction hybride créée en 2015 sous l’égide des Nations unies pour juger les crimes graves commis depuis 2003. Pour les observateurs, il s’agit d’un moment décisif : la justice centrafricaine affirme sa volonté de juger les responsables, même au sommet de l’État, et d’envoyer un signal fort contre l’impunité.

Author: La rédaction

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