Joola : “Un musée sans ossements est vide de sens” – les familles haussent le ton
À la 2e édition de la randonnée pédestre préparatoire de l »anniversaire du naufrage du Joola, l’an 24 le 22 septembre prochain, les familles de victimes et rescapés, réunies au sein de l’Association nationale (ANFVR/J), ont exprimé avec force leur exigence : le renflouement des ossements pour donner un véritable sens au mémorial de Ziguinchor. Elles dénoncent également l’exclusion répétée dont elles sont victimes à l’entrée du musée.

« Un musée sans les reliques du Joola est un musée vide de sens », déclare Élie Jean Bernard Diatta, porte-parole du jour de l’Association nationale.
Il insiste : « Il faut permettre aux familles de déclencher enfin le processus de deuil, après 24 ans d’attente. Nos victimes sont cognées par la houle depuis 8 624 jours, il est temps de les libérer. »
Pour lui, le reliquaire au mémorial est indispensable afin que la mémoire soit complète et enracinée à Ziguinchor.
Malgré des démarches officielles auprès du ministère de la Culture, les familles disent avoir été empêchées d’entrer : « L’an dernier déjà, nous avons dû prier à l’extérieur. Aujourd’hui, c’est le même scénario. »
Elles rappellent : « Ce mémorial a été construit parce que nous l’avons exigé. Il est destiné aux familles des victimes et aux rescapés. »
Et elles s’interrogent : « Pendant que nous sommes refoulés, des visiteurs payent 1 000 francs, 3 000 francs pour les étrangers. Mais où va cet argent ? »

Les familles dénoncent le rôle de la responsable du musée, qu’elles accusent de s’ériger en administratrice sans légitimité : « On ne l’a pas construit pour elle, mais pour nos 2 000 victimes. »
« Elle n’a aucun lien avec le Joola, elle n’a rien vécu de cette tragédie. Qu’est-ce qu’elle peut raconter ? Absolument rien. »
« Nous demandons au ministre de la Culture de prendre des mesures. »Les responsables de l’Association nationale préviennent : « L’année prochaine, lors de la 3e édition, les prières se feront à l’intérieur du mémorial. »
« Ce mémorial est destiné à prier pour la mémoire de nos victimes, pas à être confisqué. »
« Il est extrêmement difficile de perdre des milliers de personnes et d’être empêchés d’accéder à un lieu qui nous appartient. »
Pour Boubacar Ba, président d’honneur de l’Association nationale, cette randonnée est un acte de mémoire : « Le Joola a coulé avec 2 000 personnes. Chaque année, nous marchons pour rappeler au monde entier que le Diola est là. »

Il ajoute : « Nous ne voulons plus de cérémonies vides. Nous voulons un mémorial digne, habité par les reliques de nos proches. »
Cette randonnée commémorative n’a pas seulement été un moment de recueillement. Elle a été une tribune de revendication : les familles du Joola, toujours meurtries, réclament vérité, justice et respect. Leur message est clair : sans ossements, le mémorial est une coquille vide.






