Ziguinchor : les membres de la filière cajou bloquent leurs activités contre une taxe jugée « illégale »
Les rues de Ziguinchor offrent un spectacle inhabituel : magasins fermés, entrepôts verrouillés, activités suspendues. Les producteurs, collecteurs et exportateurs de noix de cajou ont décrété une journée de protestation pour dénoncer une taxe supplémentaire de 20 francs par kilo imposée en fin de campagne, en plus des 32 francs déjà acceptés et votés par l’Assemblée nationale.

« Nous sommes frustrés, choqués. On ne peut pas comprendre qu’une campagne démarre et qu’à la fin, on nous impose une taxe qui n’a jamais été discutée », s’indigne Boubacar Ba, membre de la filière, rappelant que l’État avait promis une enveloppe de 50 milliards pour soutenir la production et la transformation, promesse restée sans suite.

Selon lui, « toutes les plantations couvertes sont en voie de disparition » et seule une politique de renouvellement des espèces et d’acquisition de nouvelles parcelles pourrait sauver la filière.
Les exportateurs en première ligne
Baye Galaye Mbaye, représentant des exportateurs de Ziguinchor, insiste sur le caractère imprévu de cette taxe : « Les 32 francs, nous les avons budgétisés. Mais ces 20 francs n’étaient pas prévus. Nous avons accepté de contribuer à l’économie nationale, mais nous n’accepterons pas qu’on nous impose davantage sans concertation. »

Il rappelle que pendant vingt ans, l’anacarde n’a jamais été taxée, et que les opérateurs ont accepté la première imposition « par patriotisme économique ».Pour lui, les exportateurs sont les véritables piliers de la filière : « Nous allons chez les banques, nous prenons l’argent, nous finançons les champs. Personne ne peut prendre une décision sans nous consulter. »
Une filière fragilisée par les lobbies
Assane Ba, opérateur, va plus loin en dénonçant « un lobby » qui chercherait à déstabiliser la filière : « Trente-deux francs, c’est déjà beaucoup pour la population. Ajouter vingt francs dont on ne sait pas d’où ils viennent, c’est inacceptable. »

Il accuse certains groupes de vouloir « voler la filière » en imposant des décisions sans base légale ni concertation.
Une contestation fondée sur la légalité
Les acteurs rappellent que toute taxe doit être votée par l’Assemblée nationale avant d’être appliquée. « Aucun texte ne mentionne ces 20 francs », souligne Boubacar Ba, citant même Ousmane Sonko : « Même si c’est un franc, il doit être voté avant d’être répercuté. »
Une filière stratégique pour l’économie nationale
Au-delà de la contestation fiscale, les acteurs mettent en avant leur rôle dans l’équilibre de la balance commerciale. Les exportations de noix de cajou vers l’Inde et d’autres marchés génèrent des devises essentielles pour le pays. « Nous participons à l’économie nationale, nous faisons entrer des devises. Alors venir nous imposer une taxe supplémentaire, c’est nous fragiliser », insiste Boubacar Ba.

Un appel au dialogue direct
Tous exigent le retrait immédiat de la note imposant la taxe supplémentaire et réclament une rencontre directe avec le ministre de tutelle. « Il est temps qu’il nous rencontre aujourd’hui même puisqu’il est là », martèle Boubacar Ba. Les acteurs refusent désormais de déléguer leur voix à des intermédiaires qu’ils jugent illégitimes.
La mobilisation des acteurs du cajou à Ziguinchor illustre une fracture grandissante entre l’État et une filière qui, malgré ses difficultés, reste stratégique pour l’économie nationale. À l’heure où les plantations vieillissent et où la concurrence régionale s’intensifie, la sérénité et la confiance apparaissent comme des conditions indispensables pour assurer l’avenir de ce secteur vital.









