À l’approche du 24ᵉ anniversaire du naufrage du Joola, les voix des familles endeuillées s’élèvent avec force pour rappeler que la douleur reste intacte et que la mémoire doit être préservée dans la dignité. Angèle Boissy, ancienne présidente intérimaire de l’Association nationale des familles de victimes et rescapés, et Boubacar Ba, ancien président devenu personne ressource, ont livré des témoignages poignants qui traduisent à la fois la souffrance persistante et la volonté de construire une nouvelle dynamique collective.

Angèle Boissy a dénoncé l’accès payant et restreint au mémorial, qu’elle juge « difficile et décourageant » pour des familles qui viennent simplement déposer des fleurs et prier. Elle appelle le président de la République à prendre une décision forte : « Nous pleurons, nous souffrons, nous mourons à cause de ce drame. Le naufrage continue. » Elle insiste sur l’implication des enfants dans la gestion du mémorial, eux qui portent désormais le flambeau de la mémoire de leurs parents disparus. Pour elle, la commémoration doit rester modeste, sans folklore, centrée sur les prières et le recueillement.

De son côté, Boubacar Ba souligne que, contrairement aux allégations de division, les familles sont unies dans le deuil et dans la préparation de ce 24ᵉ anniversaire. Il salue l’initiative présidentielle qui a permis aux familles de « prendre possession de leur maison », le mémorial-musée, et appelle à en faire un passage obligé pour toute personnalité arrivant à Ziguinchor : « Comme à Gorée avec la Maison des esclaves, comme à New York avec Ground Zero, on ne peut venir à Ziguinchor sans passer par le mémorial du Joola. »
Les activités prévues pour cette commémoration traduisent cette volonté de mobilisation : journée de don de sang, randonnée, symposium, nettoyage des cimetières, prières œcuméniques avec imams et évêques. Les familles espèrent que le président de la République viendra présider la cérémonie, marquant ainsi un geste fort de reconnaissance nationale.Vingt-quatre ans après, les revendications demeurent : accès libre au mémorial, renflouement des ossements, justice et vérité, mais aussi soutien psychologique pour des familles qui continuent de porter un traumatisme profond.

Cet anniversaire n’est pas seulement une commémoration : il est une lutte contre l’oubli, une exigence de dignité et un appel à l’unité nationale autour de l’une des plus grandes tragédies maritimes du monde.






