Guinée-Bissau : environ 200 000 enfants risque d’être exclus du système éducatif 

Guinée-Bissau : environ 200 000 enfants risque d’être exclus du système éducatif 


En Guinée-Bissau environ 200 000 enfants risque d’être exclus du système éducatif. L’alerte est du Réseau des jeunes défenseurs et promoteurs des droits de l’enfant en miles rural (RJDPDCZR).

L’organisation de jeunes défenseurs des droits de l’enfant pointe du doigt la pratique des rituels traditionnels de circoncision (fanado) et de la campagne de récolte et de commercialisation des noix de cajou, comme cause principale de cet abandon croissant de l’école par les enfants dans le monde rural particulièrement. 

Selon l’organisation, environ 160 000 enfants ont quitté l’école, temporairement ou définitivement, pour participer aux rituels du fanado, une pratique qui incite de nombreux parents à retirer leurs enfants de l’école en cours d’année. La récolte de la noix de cajou apparaît également comme un facteur déterminant, touchant principalement les filles, souvent contraintes de quitter l’école pour participer aux tâches domestiques et économiques.

Ces données ont été révélées par le président du RJDPDCZR, Iacer Quintino Biamo, dans une interview accordée au journal O Democrata, dans laquelle il aborde les conséquences du décrochage scolaire et souligne que l’interruption de la scolarité pour des raisons culturelles ou économiques constitue une violation du droit fondamental à l’éducation.

Un système éducatif défaillant en milieu rural 

Le président du Réseau a relevé des faiblesses du système éducatif. 

Iacer Quintino Biamo a souligné les besoins d’infrastructures scolaires, notamment dans les zones rurales, comme l’un des principaux échecs du système éducatif national.

« En milieu rural, l’enseignement se pratique dans le train mourir. Il y a un rappel des écoles en ruines ou constructites avec des branches de palmier et des outils de fortune, des modèles archaïques qui persistent au XXIe siècle», a déploré Ie président du RJDPDCZR.

Il exhorte à faire des mêmes droits les enfants des zones rurales et ceux des zones urbaines, rappelant que la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant consacre le principe d’égalité d’accès à l’éducation, à la santé et à des conditions de vie décentes.

Le Réseau a fréquemment reçu des signalements de mariages forcés, de mutilations génitales féminines, de violences physiques et sexuelles, ainsi que d’abandons scolaires liés aux mutilations génitales féminines et à la campagne de vente de noix de cajou, a renseigné Iacer Quintino Biamo.

Parmi les cas les plus graves, le militant a évoqué des incidents survenus dans les régions de Cacheu, Oio, Biombo et Quínara, impliquant la mort d’enfants dans des circonstances violentes ou tragiques.

Selon les rapports, en 2025, le RJDPDCZR a enregistré 88 cas de violations des droits de l’enfant, notamment des violences physiques et psychologiques, des abus sexuels et l’abandon scolaire.

Iacer Quintino Biamo a accusé l’État de Guinée-Bissau de ne pas prendre position sur les plaintes, arguant que l’absence de réponses efficaces contribue à la perpétuation de ces pratiques, notamment dans les zones rurales, où de nombreux parents affirment ignorer les droits de l’enfant.

Pour une mobilisation communautaire

Face à cette situation qualifiée d’inquiétante, le militant social a appelé à une plus grande implication des responsables communautaires et religieux, ainsi que des autorités administratives, afin de lutter contre la pratique des mutilations génitales féminines pendant l’année scolaire. Il a également mis en garde contre les conséquences néfastes de cette pratique sur l’apprentissage et le développement global des enfants.

Iacer Biamo a expliqué que les données, recueillies à part des informations de l’UNICEF, ont permis la forte incidence des circoncisions diverses dans les régions du pays, associée à la campagne de commercialisation des noix de cajou.

Il a soutenu que l’école devait être considérée comme un espace de formation de cytoyens critiques et conscients, évitant que le fait d’exclure un grand nombre d’enfants du système éducatif, pour des raisons traditionnelles ou économiques, compromet la construction d’une société saine et durable.

M. Biamo exhorte le gouvernement à s’acquitter de ses responsabilités concernant la programmation des cérémonies traditionnelles lors des périodes scolaires ultérieures. Chose qui perturbe gravement le calendrier scolaire, en particulier dans les régions les plus vulnérables, ou celles où les enfants sont privés de leurs droits fondamentaux à la lecture.

« Quitter l’école constitue une violation des droits des enfants. Les retraits de l’école pour des rituels traditionnels compromettent leur avenir, entravent leur entrée sur le marché du travail et un impact négatif sur l’économie locale et nationale », a-t-il déclaré.

Tout en reconnaissant que la circoncision est considérée comme un rite de passage dans diverses communautés, Iacer Biamo a souligné que sa pratique pendant les heures de classe conduit souvent à un décrochage scolaire prolongé, plaidant pour un dialogue structuré entre les communautés, les chefs traditionnels et le système éducatif national.

Le jeune défenseur des droits de l’enfant souligne que la région de Bafatá est l’une des plus touchées par cette pratique. Il révèle que le phénomène s’est intensifié au cours des cinq dernières années, avec un impact direct sur le fonctionnement normal des écoles.

« Les enfants abandonnent l’école pour passer deux ou trois mois dans les tentes des fanados, un temps qui devrait être consacré à l’apprentissage. Sans mesures urgentes et concertées, nous risquons de créer une société moins préparée », averti le jeune Biamo. 

Author: Casamance Info

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