En marge de la célébration de la Journée internationale de la paix commémorée le 21 septembre de chaque année, la Plateforme des femmes pour la paix en Casamance a organisé ce 29 septembre une journée de réflexion, de partage d’expériences et de plaidoyer consacrée aux femmes déplacées de retour. À travers cette initiative, l’organisation a choisi de mettre au cœur de ses priorités ces femmes qui, après des années d’exil forcé dues au conflit casamançais, tentent aujourd’hui de reconstruire leur vie dans leurs villages d’origine.

La rencontre a réuni des femmes venues de plusieurs localités des régions de Ziguinchor, Sédhiou et Kolda, composantes de la Casamance naturelle. L’objectif était de leur offrir un cadre d’expression afin qu’elles puissent partager leur vécu, exposer leurs besoins et échanger avec les partenaires techniques et financiers ainsi que les autorités présentes sur les défis auxquels elles restent confrontées malgré leur retour.
Prenant la parole à cette occasion, la vice-présidente de la Plateforme des femmes pour la paix en Casamance, Léonie Gomis, a expliqué que le choix porté sur les femmes déplacées de retour n’est pas fortuit. Selon elle, ces dernières vivent une situation particulièrement complexe marquée par un double déracinement.

« Quand on se déplace, on subit un déracinement. Lorsqu’on revient, on vit encore un autre déplacement parce qu’on avait commencé à s’intégrer ailleurs, à y prendre racine, avant de devoir revenir dans un environnement qu’on avait quitté à cause de l’insécurité », a-t-elle déclaré.
Pour Mme Gomis, les femmes demeurent les piliers des familles et des communautés. C’est pourquoi leur autonomisation constitue une étape incontournable pour assurer un retour durable des populations déplacées et consolider les acquis de la paix en Casamance.
« Lorsqu’une femme est autonomisée, c’est toute la famille qui en bénéficie. Et lorsque les familles sont renforcées, c’est toute la communauté qui se développe. Investir dans les femmes, c’est investir dans le développement et dans la paix », a-t-elle soutenu.
Afin de mieux cerner les réalités vécues par ces populations, la plateforme a mené deux études dans plusieurs villages de la Casamance. La première a concerné des localités des départements de Ziguinchor, Oussouye et Goudomp, tandis que la seconde s’est intéressée à plusieurs villages du département de Bignona. Ces recherches ont permis d’identifier les besoins prioritaires des populations retournées et de disposer d’éléments concrets pour orienter les programmes d’accompagnement.

Les résultats de ces études ont été présentés aux participants, offrant ainsi une meilleure compréhension des difficultés auxquelles sont confrontées les femmes déplacées de retour, notamment en matière d’accès aux moyens de subsistance, à la formation, au financement d’activités génératrices de revenus et aux services sociaux de base.
Cette célébration a également été marquée par l’organisation d’un mini-forum des retournées. Ce cadre d’échanges a permis aux femmes issues des différents villages concernés de dialoguer avec des partenaires techniques et financiers ainsi qu’avec des Groupements d’intérêt économique (GIE) expérimentés de la région de Ziguinchor. Les participantes ont partagé leurs expériences, leurs préoccupations mais aussi les initiatives qu’elles développent pour améliorer leurs conditions de vie.
Un marché des retournées a par ailleurs permis à plusieurs femmes venues des différentes zones de la Casamance naturelle de présenter et de promouvoir leurs produits. Une occasion pour ces entrepreneures de valoriser leur savoir-faire, de développer leur réseau et d’encourager leur autonomisation économique.

Interrogée sur les actions engagées par les pouvoirs publics en faveur des populations de retour, Léonie Gomis a salué les orientations du Plan Diomaye pour la Casamance, tout en appelant à une meilleure vulgarisation de ce programme auprès des communautés de base.
Selon elle, de nombreuses populations ignorent encore les opportunités offertes par ce plan alors que les besoins demeurent importants dans plusieurs localités affectées par les conséquences du conflit.
Présente à cette rencontre au nom du ministère de la Famille et des Solidarités, Ndeye Gnilane Faye Sarr, directrice du Centre national d’assistance et de formation pour la femme, a rappelé que la célébration internationale de cette année est placée sous le thème : « Paix, dignité et égalité sur une planète saine ».

Toutefois, a-t-elle souligné, les femmes de la Plateforme pour la paix en Casamance ont choisi d’adapter cette commémoration à leur propre réalité à travers le thème local : « Autonomisation, dignité retrouvée : un retour réussi pour les déplacés de la Casamance ».
Elle a indiqué que cette initiative vise à donner directement la parole aux populations déplacées afin que leurs attentes soient mieux prises en compte dans les politiques publiques et les interventions des partenaires au développement. Elle a également réaffirmé l’engagement de l’État à accompagner les femmes, les jeunes et les communautés vulnérables dans leur processus de réinsertion socio-économique.

À travers cette célébration organisée le 29 septembre à Ziguinchor, la Plateforme des femmes pour la paix en Casamance a réaffirmé sa conviction que le retour durable des populations déplacées passe nécessairement par la dignité, l’autonomisation économique et le renforcement du rôle des femmes. Un plaidoyer fort en faveur de celles qui continuent, malgré les séquelles du conflit, à porter l’espoir d’une Casamance définitivement tournée vers la paix et le développement.








