De la mangrove au marché : comment les femmes de Katakalousse bâtissent leur avenir grâce à l’ostréiculture

À Katakalousse, dans les bolongs d’Oussouye, des femmes transforment une activité traditionnelle en véritable levier de développement économique. Grâce à l’accompagnement technique de la FAO et au financement de l’Union européenne, les éleveuses d’huîtres améliorent leurs techniques de production, augmentent leurs revenus et nourrissent désormais l’ambition de conquérir des marchés au-delà des frontières sénégalaises.

Reportage à Katakalousse (Oussouye)

Pour atteindre la zone d’élevage d’huîtres de Katakalousse, il faut d’abord s’abandonner au rythme lent d’une traversée en pirogue. Les eaux calmes serpentent entre les palétuviers qui dessinent l’horizon de cette partie de la Basse-Casamance. Ici, la mangrove n’est pas seulement un écosystème. Elle est une source de vie, de revenus et d’espoir pour des dizaines de femmes regroupées au sein d’un groupement d’ostréiculture devenu aujourd’hui une référence locale.

Sous le soleil qui se reflète sur les bolongs, les parcs ostréicoles s’étendent à perte de vue. Derrière chaque corde suspendue, chaque support de captage et chaque huître soigneusement triée se cache l’histoire d’une lente transformation économique et sociale portée par les femmes de Katakalousse.

Un savoir-faire désormais maîtrisé

Au milieu des installations, Yaye Amy, membre du groupement des femmes éleveuses d’huîtres, explique avec assurance les différentes étapes du travail.

« Il y a une première catégorie, une deuxième et une troisième. Lors de la récolte, nous faisons le tri en fonction de la qualité et du calibre des huîtres », explique-t-elle en montrant les différentes productions soigneusement rangées.

Le classement est une étape essentielle. Plus les huîtres sont grosses et répondent aux critères de qualité, plus leur valeur marchande augmente. Les femmes procèdent à un tri rigoureux avant l’emballage et la commercialisation.

Le travail suit un calendrier précis et dépend fortement des conditions naturelles.

« Pendant la première année, le rendement est faible. C’est à partir de la deuxième année que l’on commence réellement à récolter. Quand l’hivernage est bon, la production augmente », précise-t-elle.

Chaque matin, les femmes rejoignent les sites de production dès les premières heures de la journée. Vers huit heures, les équipes sont déjà à pied d’œuvre dans les parcs installés au cœur de la mangrove.

Certaines zones sont plus difficiles d’accès, nécessitant parfois de longues traversées en pirogue. Mais l’abondance de l’eau et les conditions favorables de certains sites permettent d’obtenir des productions de meilleure qualité.

De la cueillette traditionnelle à l’ostréiculture moderne

Pour les habitantes de Katakalousse, l’exploitation des huîtres fait partie des activités ancestrales liées à la mangrove. Longtemps, les femmes se sont contentées de collecter les huîtres sauvages fixées aux racines des palétuviers.

Mais cette pratique traditionnelle atteignait rapidement ses limites.

« Avant, nous rencontrions beaucoup de difficultés. Toute notre vie dépendait des ressources naturelles de la mangrove », se souvient Maimouna Gomis, présidente du groupement des femmes éleveuses d’huîtres.

L’arrivée du projet appuyé par la FAO a marqué un tournant décisif.

Les femmes ont bénéficié de formations techniques qui leur ont permis d’abandonner progressivement les méthodes rudimentaires pour adopter des techniques modernes de captage et d’élevage.

« Au début, je ne maîtrisais pas les techniques que j’utilise aujourd’hui. J’ai appris le captage et l’élevage des huîtres. On nous a enseigné comment récupérer les jeunes huîtres, les installer sur des supports adaptés, les faire grandir dans l’eau puis les transférer jusqu’à leur maturité », explique-t-elle.

Le processus est minutieux. Les jeunes huîtres sont captées, élevées dans des conditions contrôlées puis surveillées durant plusieurs mois avant leur récolte. Une fois arrivées à maturité, elles sont transformées, conditionnées et commercialisées.

Réduire la pénibilité du travail

L’un des changements majeurs observés à Katakalousse concerne la réduction de la pénibilité des tâches.

Les équipements introduits par le projet ont considérablement amélioré les conditions de travail des femmes. Les opérations de captage, de manipulation et de transformation nécessitent moins d’efforts physiques qu’auparavant et permettent d’accroître les rendements.

L’appui ne s’est pas limité aux équipements. Les femmes ont également été accompagnées dans l’organisation de leur activité, la gestion de la production, la planification des récoltes et le développement de leur activité économique.

Pour Maimouna Gomis, les bénéfices sont concrets.

« Aujourd’hui, grâce aux équipements et aux méthodes modernes qui nous ont été fournis, notre travail est devenu plus facile et plus rentable », affirme-t-elle.

Des revenus qui changent la vie des familles

Au-delà de l’amélioration des techniques de production, c’est surtout l’impact économique qui retient l’attention.

L’ostréiculture est devenue une véritable source de revenus pour les femmes de Katakalousse.

« Ce travail est aujourd’hui ma principale source de revenus et me permet de vivre dignement », confie la présidente du groupement.

Les gains générés permettent désormais aux femmes d’épargner, de participer aux dépenses du ménage, d’assurer la scolarité de leurs enfants et de financer de nouvelles activités génératrices de revenus.

« Avant, mes revenus étaient très faibles. Aujourd’hui, avec les nouvelles méthodes, ils ont considérablement augmenté », souligne-t-elle.

Ces ressources supplémentaires renforcent l’autonomie économique des femmes tout en améliorant le bien-être de leurs familles.

Une organisation exemplaire saluée par la FAO

En visite à Katakalousse, Mme Bintia Stephen-Tchicaya, Coordonnatrice sous-régionale de la FAO pour l’Afrique de l’Ouest et Représentante de la FAO au Sénégal, est venue constater les progrès réalisés sur le terrain.

« Nous sommes venus saluer ces femmes qui produisent des huîtres ici à Ourong et Katakalousse », indique-t-elle.

Cette visite s’inscrivait également dans le contexte de la célébration de la Journée internationale de la femme rurale et de la préparation de l’Année internationale de la femme agricultrice proclamée par le système des Nations unies.

La responsable de la FAO n’a pas caché sa satisfaction après la visite des installations.

« Nous avons constaté qu’elles arrivent à produire des huîtres de qualité. Il fallait venir les féliciter, les encourager et leur dire que cette activité représente une véritable opportunité de prise en charge économique », affirme-t-elle.

Au-delà des performances techniques, la FAO salue également la capacité d’organisation des femmes.

« J’ai été impressionnée par leur ingénierie sociale, leur organisation et la manière dont elles ont construit leur plan d’affaires. Vraiment, tout est satisfaisant », ajoute-t-elle.

Le défi de la qualité sanitaire pour viser l’exportation

Si les résultats sont déjà visibles, les ambitions sont encore plus grandes.

La prochaine étape consiste à renforcer la sécurité sanitaire des produits afin d’ouvrir aux femmes les portes de nouveaux marchés.

« Nous voulons les accompagner davantage sur la sécurité sanitaire des aliments, la conservation et la manipulation des huîtres. Ce sont des produits sensibles », explique Mme Stephen-Tchicaya.

L’objectif affiché est clair : permettre aux huîtres produites dans les mangroves de Casamance d’atteindre les marchés internationaux.

« Il faut maintenir le cap, garantir l’hygiène tout au long de la chaîne de production. C’est ce qui nous permettra d’aller vers l’emballage normé puis vers l’exportation », insiste-t-elle.

Une nouvelle page pour les femmes de Katakalousse

À marée montante, les pirogues reprennent lentement le chemin du retour. Dans les parcs ostréicoles, les huîtres poursuivent leur croissance tandis que les femmes s’affairent autour des récoltes du jour.

À Katakalousse, l’ostréiculture n’est plus seulement une activité de subsistance. Elle est devenue un outil d’émancipation économique, un facteur de valorisation durable des ressources de la mangrove et une promesse d’avenir pour des dizaines de femmes.

Avec l’accompagnement technique de la FAO, le soutien financier de l’Union européenne et la détermination des productrices, les huîtres de Casamance pourraient bientôt franchir les frontières nationales.

Dans cette partie du département d’Oussouye, au cœur des bolongs et des palétuviers, les femmes ont déjà commencé à écrire leur propre réussite, une huître à la fois.

Author: La rédaction

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