À Bignona, des arbres devenus dangereux pour les populations ont trouvé une seconde vie au service de l’éducation. Grâce à une initiative concertée entre l’administration territoriale, la municipalité, les exploitants forestiers et les artisans locaux, 584 tables-bancs ont été fabriquées pour équiper les établissements scolaires du département. Une expérience saluée comme un modèle de solidarité communautaire et de valorisation des ressources locales.

La cérémonie de réception symbolique du mobilier scolaire s’est tenue au CEM Arfang Bessire Sonko (ABS) de Bignona, en présence des autorités administratives, des acteurs de l’éducation et des artisans ayant participé à la réalisation du projet.
Prenant la parole, le maire de Bignona, Bakary Diatta, a rappelé que cette initiative trouve son origine dans l’existence de plusieurs arbres menaçant la sécurité des populations dans différents quartiers de la commune. Face à la nécessité de les abattre, les autorités ont rapidement engagé une réflexion sur l’utilisation du bois qui en serait issu.
« Il fallait trouver à quoi devait servir ce produit », a expliqué le maire, soulignant que l’objectif a toujours été de privilégier l’intérêt collectif.
Pour donner corps à cette vision, un cadre de concertation a été mis en place sous l’impulsion du préfet du département. Les exploitants forestiers et les artisans de Bignona ont alors pris l’engagement de transformer l’ensemble du bois récupéré en tables-bancs destinées aux écoles.
Selon le préfet Mamadou Khouma, le projet est le résultat d’un long processus participatif ayant associé les Eaux et Forêts, les forces de défense et de sécurité, les services techniques de l’État ainsi que la collectivité territoriale. Des investigations réalisées sur onze sites de la commune ont permis d’identifier 42 arbres présentant des risques, dont 37 ont finalement été abattus et cinq élagués.
Au terme des consultations, une décision majeure a été prise : consacrer le bois provenant de ces opérations à la communauté, avec une priorité accordée au secteur de l’éducation.
Pour concrétiser cette ambition, les exploitants forestiers ont assuré bénévolement les opérations d’abattage, de transport et le paiement des taxes forestières. D’après le préfet, leur contribution représente un investissement estimé à près de dix millions de francs CFA.

Les artisans de Bignona ont ensuite pris le relais. Menuisiers et soudeurs se sont mobilisés pour fabriquer et assembler les équipements scolaires. Les carcasses de tables-bancs récupérées dans plusieurs établissements ont également été réparées et remises en état afin d’optimiser les ressources disponibles.
Le résultat dépasse les attentes : 584 tables-bancs ont été confectionnées, auxquelles s’ajoutent cinq portes et dix-neuf fenêtres. Une réalisation qui permet de combler une grande partie du déficit enregistré dans les établissements scolaires du département.
Selon les chiffres communiqués par le préfet, les besoins exprimés par l’Inspection de l’Éducation et de la Formation tournaient autour de 690 tables-bancs. Avec les 584 unités produites, plus de 80 % des besoins ont ainsi pu être couverts.
La majorité du mobilier a été attribuée aux écoles de la commune de Bignona, tandis qu’une partie a également bénéficié à des établissements situés dans les communes voisines, notamment à Oulampane.
Au-delà de l’impact sur les conditions d’apprentissage, le maire a mis en avant le savoir-faire démontré par les artisans locaux. Pour lui, cette expérience constitue la preuve que les compétences existent au niveau local et méritent davantage d’opportunités.
« Les artisans de Bignona ont montré qu’ils sont capables de réaliser un travail de qualité. Nous allons les accompagner afin qu’ils puissent davantage accéder aux marchés publics », a déclaré Bakary Diatta.
Le maire a d’ailleurs annoncé son intention de collaborer avec ces mêmes artisans pour l’équipement d’une école maternelle en cours de construction dans le quartier de Kadiamor.
Face aux nombreux efforts consentis, les autorités ont lancé un appel à la communauté éducative pour une meilleure préservation des infrastructures et du mobilier scolaire. Les actes de vandalisme qui touchent régulièrement certaines écoles ont été vivement dénoncés.
« Nous devons tous protéger ces tables-bancs, qui sont le résultat d’un long processus, d’une grande collaboration et d’un fort engagement communautaire », a insisté le maire.
La dimension environnementale n’a pas été oubliée. Répondant aux critiques formulées lors des opérations d’abattage, Bakary Diatta a rappelé que toutes les interventions ont été réalisées sous le contrôle des services compétents et dans le respect des procédures.
Mieux encore, la commune s’est engagée à poursuivre un programme de reboisement durable afin de remplacer les arbres abattus.
« Il ne sert à rien de reboiser pour reboiser. Il faut planter et entretenir afin que les générations futures puissent bénéficier de ce patrimoine comme nous en avons bénéficié », a souligné l’édile.

Pour le préfet Mamadou Khouma, cette initiative démontre qu’une menace pour la sécurité publique peut être transformée en opportunité de développement lorsqu’une communauté agit dans l’unité. À travers ces 584 tables-bancs désormais déployées dans les écoles, Bignona illustre la force de l’action collective au service de l’éducation et de l’avenir de ses enfants.








