Face aux importantes pertes post-récoltes qui privent régulièrement les populations de produits agricoles en période de soudure, le Programme alimentaire mondial (PAM), à travers le projet Salouma et en partenariat avec l’Institut des Technologies du Digital (ITD), a formé pendant 30 jours une cohorte de 30 jeunes à Ziguinchor. Composée à 80 % de femmes et incluant des personnes en situation de handicap, cette initiative vise à préparer la mise en place d’une Unité de gestion des pertes post-récoltes (UGPP), un outil stratégique pour renforcer l’emploi des jeunes, la sécurité alimentaire et la souveraineté alimentaire en Casamance.

À Ziguinchor, la bataille contre les pertes post-récoltes vient de franchir une étape importante. Après un mois de formation intensive, 30 jeunes sélectionnés parmi plus de 400 candidats ont reçu leurs attestations à l’issue d’un programme mis en œuvre par le Programme alimentaire mondial (PAM), avec l’appui technique de l’Institut des Technologies du Digital (ITD), dans le cadre du projet Saloum axé sur les chaînes de valeur agricoles.
Cette initiative répond à une problématique bien connue en Casamance : l’abondance de produits agricoles pendant certaines périodes de l’année contraste avec leur raréfaction quelques mois plus tard. Une situation largement liée aux difficultés de conservation, de transformation et de stockage, qui entraîne d’importantes pertes après les récoltes.
Pour le chef du bureau du PAM pour la zone sud, William Diatta, cette formation s’inscrit dans une nouvelle dynamique portée par l’institution onusienne.

« Le PAM avait l’habitude de faire de l’assistance alimentaire. Mais nous avons jugé nécessaire de renforcer les capacités des jeunes afin qu’ils disposent de compétences leur permettant d’être autonomes et de contribuer au développement de leur communauté », a-t-il expliqué.
Selon lui, cette première cohorte n’est que le début d’un processus de renforcement destiné à rendre opérationnelle une future unité de gestion et de conservation des produits agricoles à Ziguinchor. L’objectif ultime reste la création d’emplois décents pour les jeunes tout en apportant des solutions concrètes aux défis de la sécurité alimentaire.
« La finalité, c’est l’emploi. Nous allons continuer à accompagner ces jeunes pour qu’ils puissent être pleinement opérationnels au bénéfice de toute la communauté », a-t-il insisté.
Le responsable du PAM souligne également que la transformation et la conservation des produits agricoles constituent des maillons essentiels dans la lutte contre l’insécurité alimentaire. Dans une région où une part importante des récoltes se perd faute d’infrastructures adaptées, la mise en place d’une unité spécialisée devrait permettre de mieux valoriser la production locale.
Pour Mbagnick Faye, directeur de l’Institut des Technologies du Digital (ITD), la réussite d’un tel projet repose avant tout sur le développement du potentiel humain.

« Avant de leur transmettre des compétences techniques, nous avons travaillé sur le développement personnel, la confiance en soi, le leadership et l’engagement. Si les jeunes ne croient pas en leurs capacités, ils ne pourront pas utiliser efficacement les outils mis à leur disposition », a-t-il expliqué.
La formation a ainsi combiné compétences de vie, entrepreneuriat, gestion financière et accompagnement pratique. Les bénéficiaires ont été encadrés par des experts et des coaches afin de leur permettre d’acquérir les connaissances nécessaires pour administrer et développer l’UGPP comme une véritable entreprise.
« Une entreprise ne se construit pas au hasard. Il faut savoir partir d’une idée pour la transformer en projet viable. C’est ce que nous leur avons enseigné afin qu’ils puissent gérer efficacement cette unité au service de la Casamance », a ajouté le directeur de l’ITD.
Au-delà de la formation, l’institution entend poursuivre l’accompagnement des jeunes jusqu’à la concrétisation effective du projet, avec l’ambition de faire de l’UGPP un véritable levier économique pour la région.
Parmi les bénéficiaires, Claudine Géma Gomis met en avant le caractère inclusif du programme. Les femmes représentent 80 % des participants tandis que des personnes en situation de handicap ont également été intégrées afin que toutes les couches sociales puissent bénéficier des retombées du projet.

« Ce projet n’est pas uniquement destiné aux 30 bénéficiaires formés. Toute la chaîne de valeur agricole pourra profiter des services de l’unité. Les producteurs, les commerçants, les transformateurs et les détaillants pourront nous confier leurs produits afin d’y apporter davantage de valeur ajoutée », a-t-elle expliqué.
Selon elle, la création de l’UGPP permettra de réduire les pertes post-récoltes tout en améliorant les revenus des acteurs agricoles et en soutenant les efforts de l’État dans la lutte contre le chômage des jeunes.
Responsable des jeunes formés, Ibrahima Sorry Diallo rappelle que le programme s’est déroulé du 9 septembre au 10 octobre. Il estime que cette formation constitue une réponse adaptée à l’un des principaux défis agricoles de la région.
« En Casamance, après les périodes d’abondance, certains produits deviennent difficiles à trouver. L’unité qui sera mise en place permettra de conserver et de transformer ces productions afin qu’elles restent disponibles même pendant les périodes de pénurie », a-t-il indiqué.

Le jeune leader souligne également la rigueur du processus de sélection qui a permis de retenir des profils complémentaires dans les domaines de la comptabilité, du commerce, de la transformation et de la gestion. Une diversité de compétences destinée à assurer le bon fonctionnement de la future unité dès son lancement.
À travers cette initiative, le PAM, la Fondation Mastercard et l’ITD misent ainsi sur une approche alliant inclusion sociale, employabilité des jeunes et valorisation de la production agricole locale. Dans une région reconnue pour son immense potentiel agricole, la future Unité de gestion des pertes post-récoltes apparaît déjà comme un instrument stratégique pour réduire le gaspillage, renforcer la résilience des communautés et contribuer durablement à la souveraineté alimentaire de la Casamance.








