Les maladies de la peau représentent une préoccupation croissante de santé publique au Sénégal. Réunis à Ziguinchor à l’occasion des quatrièmes Journées scientifiques de la Société sénégalaise de dermatologie-vénérologie, les spécialistes ont attiré l’attention sur les défis auxquels la discipline est confrontée, notamment les effets du changement climatique, l’insuffisance d’équipements modernes et la nécessité de renforcer la prévention auprès des populations.

Pendant trois jours, Ziguinchor est devenue le point de convergence des dermatologues, médecins, pharmaciens, infirmiers et chercheurs venus de plusieurs régions du Sénégal. Cette rencontre scientifique visait à partager les avancées médicales les plus récentes, mais également à renforcer les capacités des professionnels de santé appelés à prendre en charge les affections dermatologiques au quotidien.
Au cœur des échanges figurait la question de la photodermatologie et de la photobiologie, deux domaines qui étudient l’impact du rayonnement solaire sur la peau. Un sujet devenu particulièrement préoccupant dans un contexte de réchauffement climatique où les populations sont davantage exposées aux effets nocifs des ultraviolets.

Selon la professeure Fatimata Ly, présidente de la Société sénégalaise de dermatologie-vénérologie, les conséquences du soleil sur la santé cutanée demeurent encore sous-estimées. Pourtant, les rayons ultraviolets jouent un rôle déterminant dans l’apparition de plusieurs affections dermatologiques, notamment les cancers de la peau, mais aussi de nombreuses maladies aggravées ou déclenchées par l’exposition solaire.
Face à cette situation, les spécialistes estiment que la prévention doit occuper une place centrale dans les politiques de santé. Ils plaident pour une meilleure sensibilisation des populations aux dangers d’une exposition excessive au soleil ainsi qu’à l’importance des mesures de photoprotection adaptées aux réalités africaines.
Les travaux ont également permis d’aborder plusieurs pathologies fréquemment rencontrées dans les structures sanitaires. L’acné, qui figure parmi les principaux motifs de consultation en dermatologie, la dermatologie pédiatrique, les infections sexuellement transmissibles ainsi que la prise en charge des plaies et des cicatrisations ont fait l’objet de sessions de formation destinées aux personnels de santé de première ligne.
À travers ces ateliers, la Société sénégalaise de dermatologie entend contribuer à l’amélioration de la qualité des soins, particulièrement dans les régions où les patients consultent souvent en premier lieu les infirmiers, les sages-femmes ou les médecins généralistes.
À Ziguinchor, les réalités sanitaires confirment l’importance de cette démarche. D’après les spécialistes locaux, notamment Dr Diama Sakho dermatologue au Centre hospitalier régional, les mycoses et les eczémas figurent parmi les affections les plus fréquentes. L’humidité, les fortes chaleurs et l’environnement végétal de la Casamance favorisent la survenue de nombreuses maladies de la peau qui nécessitent une surveillance constante.

Si les ressources humaines se sont considérablement améliorées au cours des quinze dernières années, les dermatologues soulignent que d’autres défis restent à relever. Le Sénégal comptait moins de dix dermatologues en 2008. Aujourd’hui, près d’une centaine de spécialistes exercent dans les différentes régions du pays, permettant une meilleure couverture sanitaire des populations.
Cependant, l’absence d’équipements modernes demeure un frein majeur au développement de la spécialité. Les dermatologues réclament l’acquisition de matériels de diagnostic et de traitement de dernière génération tels que les dermoscopes, les microscopes confocaux, les lasers thérapeutiques et les dispositifs de photothérapie. Des technologies largement utilisées dans les pays développés mais encore peu accessibles dans les établissements sanitaires sénégalais.
Les spécialistes insistent également sur l’importance de la recherche scientifique. Pour eux, une meilleure connaissance de la répartition des maladies dermatologiques à travers le territoire national permettrait de développer des stratégies de prévention plus efficaces et de mieux anticiper l’évolution de certaines pathologies, notamment les cancers cutanés.
Autre priorité mise en avant : la télédermatologie. Cette approche innovante pourrait permettre aux agents de santé travaillant dans les zones les plus éloignées d’obtenir rapidement l’avis d’un dermatologue grâce aux outils numériques. Une solution qui contribuerait à réduire les inégalités d’accès aux soins spécialisés et à améliorer la prise en charge des patients vivant dans les localités les plus reculées.

Présente à l’ouverture de la rencontre au nom du ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, la Dr Aminata Diop a rappelé que la santé de la peau reste un volet souvent négligé des politiques sanitaires alors qu’elle constitue un véritable enjeu de santé publique. Elle a notamment insisté sur la nécessité de lutter contre les pratiques de dépigmentation cosmétique, de promouvoir la photoprotection et de renforcer la prévention des cancers cutanés.
À l’issue de ces journées scientifiques, un message clair est ressorti des débats : la dermatologie sénégalaise progresse, mais son développement passe désormais par davantage d’investissements dans les équipements, la recherche, la formation continue et les nouvelles technologies. Pour les spécialistes, protéger la peau, c’est aussi protéger durablement la santé des populations








