En ce 21 septembre, Journée internationale de la paix, la Plateforme des Femmes pour la Paix en Casamance (PFPC) a tenu un point de presse d’une intensité particulière. À la tribune, Léonie Gomis, vice‑présidente de la PFPC, a livré une déclaration dense et émouvante, mettant en lumière les vulnérabilités des femmes déplacées lors de leur retour dans les villages, mais aussi les actions et recommandations portées par la plateforme pour transformer cette épreuve en levier de paix durable.

La rencontre s’est ouverte sur une annonce symbolique : l’Institut Catalan International pour la Paix (ICIPE) vient de décerner à la PFPC le prix « Construction de la paix 2026 », une distinction internationale qui salue l’engagement des femmes casamançaises dans le dialogue, la médiation et la protection des droits. Cette reconnaissance, loin d’être la première, illustre la force collective des quinze organisations membres de la plateforme, qui ont contribué à briser le silence autour du conflit et à positionner les femmes comme actrices incontournables de la paix.
Mais derrière l’honneur, les réalités du terrain demeurent préoccupantes. Les études menées par la PFPC dans dix villages de retour révèlent une vulnérabilité accrue des femmes face aux violences basées sur le genre. 83 % des femmes interrogées disent ne pas se sentir en sécurité, et près de la moitié ont déjà subi des violences : 34 % physiques, 17 % économiques, 18 % psychologiques et 16 % verbales. Les causes sont multiples : destruction des réseaux de solidarité, dépossession foncière qui prive les femmes de leur autonomie, sites de réinstallation dépourvus d’infrastructures de base, isolement social et perte de repères. « La terre reste l’ultime rempart des femmes contre la grande pauvreté », a rappelé Léonie Gomis, dénonçant les biais coutumiers qui limitent leurs droits à un simple usufruit.

Les chiffres sont parlants : seulement 27,9 % des femmes ont accès aux infrastructures de santé, 27,5 % à l’éducation, 12,1 % à l’eau potable, 4,8 % à l’électricité et 12,1 % à la protection sociale. Plus grave encore, 59 % des femmes et filles ne savent pas où orienter une survivante de violences. La réinstallation, loin d’être un retour apaisé, exacerbe les vulnérabilités et agit comme un amplificateur des rapports de domination préexistants.
Face à ce constat, la PFPC déploie une stratégie proactive. Diagnostic participatif, restitution avec les décideurs, plaidoyer auprès des autorités, programmes de résilience et d’autonomisation économique : autant d’initiatives pour garantir une réinsertion durable et digne. Les recommandations formulées sont précises : construire et équiper des postes de santé et des maternités, installer des forages et des réseaux d’électricité, réhabiliter les routes et les écoles, sécuriser les villages, soutenir les activités économiques des femmes et renforcer leur participation aux instances de décision.

La plateforme appelle aussi les partenaires techniques et financiers à accompagner l’État dans le financement des activités économiques, à soutenir la formation professionnelle et à renforcer les mécanismes communautaires de protection. Elle insiste sur la nécessité de promouvoir le leadership féminin et de restaurer la cohésion sociale.
Au‑delà des constats, le message est politique et social : il s’agit de restaurer le statut de citoyenne des femmes, de passer du rôle de victimes bénéficiaires d’aide à celui d’actrices du développement et de la paix. « La citoyenneté des femmes n’est pas un luxe d’après‑conflit, mais le moteur même d’une réinstallation réussie et d’une paix durable », a conclu Léonie Gomis.
En ce jour symbolique, la Casamance rappelle que la paix ne se construit pas seulement par la fin des armes, mais par la dignité retrouvée des femmes et leur place reconnue dans la société.






