UASZ : une thèse qui révèle la comptabilité comme arme de survie pour les PME smau Sénégal bien appréciée par le jury
À l’Université Assane Seck de Ziguinchor (UASZ), la soutenance de thèse d’Abdou Diouf Diallo, originaire de Popenguine et homonyme de l’ancien président du Sénégal, a marqué un tournant dans la recherche en sciences de gestion. Le nouveau docteur, spécialisé en comptabilité-contrôle de gestion, a présenté des travaux qui ont séduit le jury, lequel lui a décerné la mention très honorable, consacrant la pertinence et la profondeur de son analyse.

Sa thèse, préparée au sein de l’École doctorale Espaces, Sociétés et Humanités et du Laboratoire de recherche en sciences économiques et sociales, sous la direction du Professeur Serigne Diop et la codirection du Professeur Donatien Avele, s’intitule : l’influence du système d’information comptable sur la performance organisationnelle des PME au Sénégal. Dans un pays où les petites et moyennes entreprises représentent 99,8 % du tissu entrepreneurial mais ne génèrent qu’un tiers de la richesse nationale, et où sept sur dix disparaissent avant leur premier anniversaire, la question est cruciale.
Pendant près d’un an, Abdou Diouf Diallo a enquêté auprès de 138 PME formelles à Dakar, Thiès et Saint-Louis. Son diagnostic est sans appel : sept PME sur dix déclarent disposer d’un système comptable organisé, mais moins de 4 % le jugent de bon niveau ; plus d’une sur deux ne produit pas de factures fournisseurs ni de registres de transactions ; et plus de quatre sur dix n’utilisent ni budget ni prévision. La comptabilité est donc tournée vers l’extérieur – administration fiscale et banques – mais rarement vers l’interne. Pourtant, les entreprises qui exploitent leurs états financiers progressent deux à trois fois plus souvent que les autres.
Pour répondre à cette fragilité, le chercheur propose une progression en trois étapes : enregistrer régulièrement les flux financiers, produire des états financiers fréquents, et décider à partir des chiffres, tout en partageant l’information avec l’équipe. Il insiste sur un préalable culturel : le dirigeant doit accepter de partager l’information, car un système comptable est inutile si personne d’autre que le patron ne peut le consulter.

Interrogé sur l’apport de l’intelligence artificielle, Dr Diallo nuance : « Si elle sert à produire encore plus vite une information que personne ne lit, cela ne changera rien. Si elle permet de transformer des données brutes en recommandations immédiatement intelligibles pour le dirigeant, alors elle répond au vrai problème : celui de l’usage. »
Son plaidoyer aux autorités est clair : « Financer les compétences plutôt que les licences. » Les dispositifs publics d’appui aux PME, tels que l’ADEPME ou le Bureau de Mise à Niveau, privilégient l’équipement (logiciels, matériel), alors que la formation des dirigeants à l’interprétation des données aurait un impact bien supérieur. Il propose également de développer des outils comptables simplifiés et adaptés aux secteurs du commerce, de l’artisanat et de l’agriculture, afin d’accompagner la formalisation du secteur informel, qui regroupe l’immense majorité des entreprises.

Avec cette thèse, Abdou Diouf Diallo poursuit une double ambition : scientifique, en confrontant une idée reçue issue des travaux européens et nord-américains au contexte sénégalais, et pratique, en fournissant aux dirigeants et aux pouvoirs publics des données exploitables et ciblées. Son message est limpide : pour rendre les PME sénégalaises plus performantes, compétitives et durables, il faut transformer la comptabilité d’une simple formalité administrative en véritable arme de survie et outil stratégique de décision.






