La célébration du Humeubeul a offert cette année bien plus qu’un rendez-vous culturel et traditionnel. Elle a été l’occasion pour la Reine mère d’Oussouye, Alis Oumouy Diédhiou, de livrer un témoignage fort sur les réalités de la royauté, les exigences de la préservation des traditions ancestrales et les défis quotidiens auxquels la Cour royale est confrontée pour maintenir vivant un patrimoine plusieurs fois centenaire. Un message qui a trouvé un écho particulier auprès de Rose Wardini, récemment intronisée dans le cercle des proches de la royauté, et qui a décidé de faire sien le combat de la Reine mère en portant son plaidoyer auprès des autorités, partenaires et bonnes volontés.

Installée dans ses fonctions depuis le 24 août 2000 alors qu’elle n’était âgée que de quatorze ans, Alis Oumouy Diédhiou a rappelé son attachement profond au royaume de Bubajumey et à toutes les responsabilités qui lui incombent. Gardienne des traditions aux côtés du roi, elle veille depuis plus de vingt-cinq ans à l’encadrement des femmes, à l’organisation de l’accueil des visiteurs et à la préservation des valeurs qui fondent la cohésion du royaume.
Dans son intervention, la Reine mère a tenu à rappeler que le Humeubeul n’est pas une création récente ni une simple manifestation festive. Selon elle, il s’agit d’un héritage ancestral que l’actuel souverain a trouvé à son accession au trône et qu’il perpétue avec fidélité. Célébrée après les travaux agricoles, généralement entre la fin du mois de septembre et le début du mois d’octobre selon le rythme des pluies et des récoltes, cette cérémonie s’étend sur une quinzaine de jours marqués par des rites, des sacrifices et des pratiques spirituelles qui assurent l’équilibre entre les hommes, la terre, les ancêtres et le sacré.

Pour la Reine mère, le Humeubeul est avant tout une école de solidarité. Chaque famille participe à l’effort collectif en préparant des repas, en accueillant des visiteurs ou en apportant sa contribution selon ses moyens. Dans cette tradition, nul ne doit être laissé pour compte. Les visiteurs affluent de plus en plus nombreux et la Cour royale a l’obligation morale de leur assurer un accueil digne de la réputation d’hospitalité du royaume d’Oussouye.
Mais derrière les chants, les danses et la ferveur populaire se cache une réalité beaucoup moins visible. Organiser le Humeubeul représente aujourd’hui un défi majeur. Nourrir les invités, accomplir les sacrifices traditionnels, recevoir les délégations et assurer le bon déroulement des cérémonies exige des ressources considérables. La Reine mère regrette que les populations ignorent souvent les sacrifices consentis par la Cour royale pour maintenir ces traditions vivantes.
Elle explique que beaucoup associent encore la royauté à l’abondance et au confort, alors que les charges sont devenues extrêmement lourdes. Les terres royales et les rizières autrefois suffisantes pour soutenir une partie des dépenses ne permettent plus de faire face seules à toutes les sollicitations. Les mutations sociales, les difficultés économiques et les attentes croissantes des populations rendent la mission de la Cour royale de plus en plus complexe.
La Reine mère a également insisté sur l’importance des sacrifices dans la tradition diola. Selon elle, ces pratiques ne sont pas de simples cérémonies symboliques. Elles constituent le fondement de l’équilibre spirituel du royaume. Sans elles, affirme-t-elle, les efforts consentis dans les champs, les récoltes et les activités de la communauté risqueraient d’être compromis. C’est pourquoi chaque sacrifice est préparé avec rigueur et accompli dans le respect des coutumes transmises de génération en génération.
Son appel a particulièrement touché Rose Wardini. Présente aux cérémonies et témoin direct des réalités vécues par la Cour royale, cette dernière a été sensible aux préoccupations exprimées par la Reine mère concernant la préservation du patrimoine culturel et la mobilisation de ressources pour soutenir les traditions.

Consciente de l’importance historique et culturelle du royaume d’Oussouye, Rose Wardini a ainsi pris l’engagement d’accompagner la Reine mère dans son combat. Elle a décidé de porter son plaidoyer au-delà du cercle royal afin de sensibiliser davantage les autorités administratives, les partenaires au développement, les opérateurs économiques ainsi que les fils et filles de la Casamance.
Pour Rose Wardini, soutenir le Humeubeul revient à protéger une mémoire collective et un héritage qui dépasse largement les frontières du royaume. Convaincue que les traditions ne peuvent survivre sans accompagnement et sans moyens, elle entend mettre à profit son réseau et son influence pour attirer l’attention sur les besoins exprimés par la Cour royale.
Cette démarche est perçue par la Reine mère comme un signe d’espoir. Après avoir passé plus de deux décennies au service de la royauté, elle estime que la sauvegarde du patrimoine culturel doit désormais devenir une responsabilité partagée. Elle considère que l’État, les partenaires, les mécènes et les communautés doivent se mobiliser afin que les générations futures puissent continuer à vivre ces traditions dans leur authenticité.
À travers son message, Alis Oumouy Diédhiou a finalement lancé un appel à la solidarité collective. Un appel pour que le Humeubeul continue de rassembler, de transmettre les valeurs de partage et de fraternité et de renforcer l’identité culturelle du royaume d’Oussouye. Un appel désormais relayé par Rose Wardini qui, en acceptant d’en devenir l’une des porte-voix, ouvre une nouvelle perspective pour la valorisation et la préservation de ce patrimoine exceptionnel de la Casamance.

Entre tradition, spiritualité et engagement citoyen, le Humeubeul apparaît ainsi comme un symbole vivant de résilience culturelle, tandis que le tandem formé par la Reine mère Alis Oumouy Diédhiou et Rose Wardini incarne la volonté de transmettre aux générations futures un héritage dont la richesse mérite d’être mieux connue, mieux comprise et davantage soutenue.








