Diomaye-Sonko : le divorce scellé et consommé
Le Sénégal assiste à une rupture politique majeure. Le 22 mai 2026, le président Bassirou Diomaye Faye a mis fin aux fonctions de son Premier ministre Ousmane Sonko, scellant la fin d’un tandem qui avait incarné l’exécutif depuis mars 2024. Ce duo, né d’une alliance stratégique, s’est progressivement transformé en duel, jusqu’à l’éclatement final.
Les origines de l’alliance
En mars 2024, empêché de se présenter à l’élection présidentielle, Ousmane Sonko désigne Bassirou Diomaye Faye comme candidat. Ce dernier remporte le scrutin et devient président, Sonko étant nommé Premier ministre. L’alliance repose sur une confiance mutuelle et une volonté de rupture avec l’ancien régime de Macky Sall. Mais très vite, les ambitions et les divergences de style apparaissent.
Les premières fissures
Juillet 2025 : Sonko dénonce un « problème d’autorité », reprochant au président de ne pas défendre son Premier ministre face aux attaques politiques et de ne pas avancer sur les réformes promises, notamment la reddition des comptes.
En novembre 2025 : Diomaye Faye réactive la coalition politique qui l’a porté au pouvoir et nomme Aminata Touré à sa tête, contre l’avis de Sonko et du Pastef. La décision est vécue comme une trahison et officialise le bras de fer.
L’escalade des tensions
Mars 2026 : Sonko évoque une « cohabitation douce » et laisse entendre qu’il pourrait retourner dans l’opposition.
Le 2 mai 2026 : Diomaye Faye déclare publiquement qu’il pourrait limoger son Premier ministre s’il n’avait plus confiance en lui.
Le 22 mai 2026 : Quelques heures après une séance à l’Assemblée nationale où Sonko affirme : « Je ne suis pas un Premier ministre qui obéit aveuglément », le décret présidentiel tombe. Par la voix du secrétaire général de la Présidence, Oumar Samba Ba, la RTS annonce la fin des fonctions de Sonko et, par conséquent, de l’ensemble du gouvernement.
Les réactions immédiates
Sur les réseaux sociaux, les soutiens de Sonko se mobilisent avec le slogan « tu ne marcheras jamais seul ».
À l’université Cheikh-Anta-Diop et devant son domicile, des centaines de personnes se rassemblent pour lui témoigner leur solidarité.
Le Pastef salue « le travail remarquable accompli » et annonce la tenue d’un congrès le 6 juin 2026.
Sonko réagit sur Facebook : « Ce soir je dormirai le cœur léger », confirmant son passage dans l’opposition.
Les enjeux politiques
La rupture ouvre une nouvelle phase de recomposition politique.
Pour Diomaye Faye : il doit consolider son autorité présidentielle, trouver un nouveau Premier ministre et maintenir la cohésion de sa coalition.
Pour Ousmane Sonko : il s’agit de capitaliser sur sa popularité, renforcer le Pastef et préparer les échéances électorales.
Selon le politologue Maurice Soudieck Dione interrogé par RFI, « il va falloir que l’un et l’autre trouve des stratégies pertinentes pour exister et évoluer dans l’espace politique ». Avec les élections locales de 2027 et la présidentielle de 2029 en perspective, le risque est celui d’une confrontation entre majorité présidentielle et majorité parlementaire, pouvant fragiliser la gouvernance.
Une rupture aux répercussions durables
Ce divorce politique, au-delà des personnalités, révèle les tensions structurelles du système sénégalais : la difficulté de concilier ambitions personnelles et gestion collective.
Le rôle des coalitions dans la stabilité du pouvoir.
La question de la transparence et du contrôle des fonds politiques, point de discorde majeur entre les deux hommes.
La rupture Diomaye-Sonko marque donc un tournant. Elle redessine le paysage politique sénégalais et ouvre une période d’incertitude où chaque camp devra prouver sa capacité à incarner l’avenir.







