Casamance : le retour des déplacés au cœur des défis de la reconstruction

À Ziguinchor, un forum consacré au retour des populations déplacées à l’université Assane Seck, a mis en lumière les espoirs d’une paix durable, mais aussi les inquiétudes qui persistent dans une Casamance encore marquée par les séquelles du conflit. Les interventions de Paul Diédhiou, enseignant‑chercheur à l’Université Assane Seck de Ziguinchor (UASZ), et d’Ousmane Massali, maire de Yarang Balante, ont révélé les défis multiples qui accompagnent cette phase de reconstruction.

L’enseignant-chercheur Paul Diédhiou a rappelé que cette rencontre s’inscrit dans une collaboration de longue haleine entre le Centre de Recherche Interdisciplinaire sur les Langues, les Littératures, l’Histoire, les Arts et les Cultures (CREILHAC) et la Fondation Konrad Adenauer. Depuis plus de cinq ans, ce centre mène des recherches pour anticiper les crises liées au retour des déplacés et réfugiés. « L’université ne doit pas être une tour d’ivoire », a‑t‑il affirmé, insistant sur la nécessité de s’ouvrir aux réalités des communautés afin de proposer des recommandations adaptées.

Les diagnostics posés mettent en évidence des insuffisances dans l’accompagnement de l’État, notamment à travers le Plan Diomaye pour la Casamance. Plusieurs villages frontaliers ne ressentent pas encore la présence de l’État. Les difficultés liées à l’état civil, avec des enfants nés en Guinée‑Bissau sans extrait de naissance, fragilisent les familles malgré les audiences foraines relancées.

Le foncier apparaît comme le problème le plus sensible. Les terres abandonnées pendant le conflit ont été occupées par d’autres cultivateurs, implantant agrumes et anacardiers. Le retour des propriétaires légitimes provoque des tensions qui, si elles ne sont pas anticipées, risquent de dégénérer en nouveaux conflits plus graves que ceux du passé.

Le chercheur a également alerté sur l’insécurité liée à la culture du cannabis. L’ANRAC a sollicité l’université pour une étude socio‑économique afin de proposer des alternatives viables aux cultivateurs. « On ne peut pas leur dire d’arrêter sans alternative », a‑t‑il insisté, plaidant pour des solutions durables.

Au‑delà des aspects matériels, le volet psychologique reste crucial. Les traumatismes liés au conflit continuent de peser sur les individus et les communautés. « Les gens intérieurement vivent le conflit. Pour réconcilier les populations, il faut étudier les traumatismes et permettre aux individus de dire ce qu’ils ont vécu », a‑t‑il ajouté, soulignant l’importance d’une prise en charge pour faciliter la réconciliation.

Le maire de Yarang Balante, Ousmane Massali, a livré un témoignage empreint d’émotion. Il a rappelé que depuis 1997, le conflit s’est déplacé vers l’est, frappant durement le département de Goudomp et la zone de Samine. « Tout le monde a été frappé », a‑t‑il déclaré, appelant les autorités locales et centrales à réguler rapidement la crise. Malgré les dégâts, il garde confiance : « J’ai de l’espoir. Les travaux menés sur le terrain sont appréciables et les documents remis aux autorités doivent servir à prendre des décisions fortes. »

L’État, de son côté, a entrepris des actions : démantèlement de certaines bases par l’armée, reconstruction d’écoles et de postes de santé, forage de puits. Mais ces efforts restent inégaux : certains villages bénéficient de réalisations, d’autres attendent encore. Pour les acteurs présents, il est urgent que l’État renforce sa présence afin de rassurer les populations et impulser le développement.

Ce forum a ainsi révélé une double réalité : l’espoir d’un retour durable des populations et la persistance de défis complexes. Entre accompagnement institutionnel, gestion des conflits fonciers, alternatives économiques et prise en charge des traumatismes, la Casamance se trouve à la croisée des chemins. La mémoire des violences reste vive, mais la volonté de réconciliation ouvre une perspective de paix et de reconstruction.

Author: La rédaction

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