La bataille pour le contrôle politique de Bignona est désormais engagée. Dans ce département considéré comme l’un des bastions historiques de Pastef en Casamance, les lignes se durcissent entre les partisans d’Ousmane Sonko et les soutiens du président Bassirou Diomaye Diakhar Faye, regroupés autour du mouvement Kiiraay conduit notamment par le ministre Yankhoba Diémé. Les récentes rencontres organisées à Sindian par Pastef et à Bignona par Kiiraay illustrent l’intensification d’une rivalité politique née du divorce entre les deux figures qui avaient pourtant porté ensemble le projet de l’alternance en mars 2024.
À Sindian, le chef de délégation de Pastef, Waly Diouf Bodian, a livré un discours offensif devant des militants acquis à la cause du parti. Se présentant comme un homme de fidélité et de constance politique, il a réaffirmé son attachement indéfectible à Ousmane Sonko, qu’il considère comme le principal artisan du projet politique porté par Pastef. Selon lui, les divergences actuelles traduisent une rupture profonde entre la vision originelle du parti et les orientations prises par le camp présidentiel.

Dans une intervention marquée par des critiques virulentes, Waly Diouf Bodian a notamment ciblé le ministre Yankhoba Diémé, l’accusant d’ingratitude politique et d’inefficacité dans l’exercice de ses fonctions. Il a attribué à Ousmane Sonko plusieurs réalisations en faveur de la Casamance, notamment les efforts liés au processus de paix, aux infrastructures et à l’accès à l’état civil pour les populations affectées par le conflit. Le responsable de Pastef a également averti que son parti entendra répondre politiquement à toute attaque dirigée contre son leader, annonçant une période de confrontation politique ouverte jusqu’aux prochaines échéances électorales.

Au-delà des attaques personnelles, le discours de Pastef s’est voulu mobilisateur. Les responsables du parti entendent conserver leur ancrage dans le département de Bignona, considéré comme un territoire stratégique dans la région de Ziguinchor. Pour eux, il s’agit moins de conquérir un terrain nouveau que de consolider un électorat déjà largement acquis aux idéaux de souveraineté, de justice et de transformation sociale portés par le projet « Sénégal Vision 2050 ».
Face à cette démonstration de force, Kiiraay a répondu par une mobilisation tout aussi significative à Bignona. Devant une salle comble, les responsables locaux du mouvement ont revendiqué une montée en puissance rapide de leur formation dans ce qui est pourtant présenté comme le fief de Pastef. Pour Abba Bokhoum, responsable communal de Kiiraay, la forte affluence enregistrée lors de la rencontre constitue la preuve que le paysage politique local est en train d’évoluer.

Les dirigeants de Kiiraay affirment avoir mené un travail de proximité à travers des visites de quartiers, des rencontres communautaires et des activités de terrain destinées à convaincre les populations. Ils soutiennent que la scission entre le président de la République et son ancien Premier ministre a créé une nouvelle dynamique politique susceptible de rebattre les cartes dans le département.
Lamine Badji, autre responsable du mouvement, estime que l’arrivée du ministre Yankhoba Diémé a marqué un tournant. Selon lui, les prédictions annonçant l’impossibilité pour le camp présidentiel de s’implanter durablement à Bignona ont été démenties par la mobilisation croissante observée autour de Kiiraay. Il affirme que son parti ne se positionne pas comme une simple force d’appoint mais comme un acteur capable de gagner la commune et, à terme, le département.
Même son de cloche chez Madiwou Sané, qui voit dans la réussite de cette rencontre la preuve d’une maturation politique des populations locales. Pour lui, les perspectives offertes par le programme « Diomaye pour la Casamance » constituent un argument majeur susceptible de convaincre davantage d’électeurs de rejoindre les rangs de Kiiraay dans les prochaines années.

Derrière cette confrontation verbale, c’est en réalité le leadership politique de la Casamance qui se joue. Longtemps unie derrière le projet Pastef, une partie de la base militante se retrouve aujourd’hui partagée entre la fidélité à Ousmane Sonko et le soutien institutionnel au président Bassirou Diomaye Diakhar Faye. Dans ce contexte, Bignona apparaît comme un laboratoire politique où chacune des deux sensibilités cherche à démontrer sa capacité de mobilisation et son influence sur le terrain.
À mesure que se rapprochent les futures échéances électorales, la commune et le département de Bignona pourraient ainsi devenir l’un des principaux théâtres de la recomposition politique sénégalaise. Entre un Pastef déterminé à préserver son bastion et un Kiiraay résolu à s’y imposer, la bataille pour le cœur électoral du Fogny ne fait visiblement que commencer.








