Entretien avec Aminata Angélique Manga-La Covid-19 a mis à nu notre vulnérabilité (…).

Les conditions de mise en pratique de la relance sont favorables. Mon avis sur la loi d’accès à l’information… »

Restée pendant des mois hors ‘espace médiatique’, elle réapparaît au cours d’un entretien avec Dakaractu pour faire le point sur cette stratégie adoptée pour se mettre au travail juste après les élections présidentielles. Au cours de cet entretien, l’ancienne ministre de la microfinance abordera les questions relatives à la riposte sanitaire au moment où on parle de relance économique, mais également de ses activités toujours dans cette guerre sanitaire au Sud. Elle abordera également d’autres sujets ayant trait à l’actualité politique, mais également à la gestion des affaires.

Entretien avec Aminata Angélique Manga : « La Covid-19 a mis à nu notre vulnérabilité (…). Les conditions de mise en pratique de la relance sont favorables. Mon avis sur la loi d'accès à l'information... »

Dakaractu : Qu’est-ce qui fait que vous avez déserté l’espace politique durant un temps aussi long ?

 Tout d’abord, je vous remercie de m’avoir donné l’opportunité de m’exprimer sur votre média. Mais je tiens à préciser que j’ai pas déserté, du tout. Je me suis mise en retrait volontairement de l’espace médiatique, mais pas de l’espace politique. Nous sommes toujours là, dans la gestion des affaires courantes avec des défis quotidiens à relever aux côtés du Président de la République. Nous menons nos activités professionnelles et politiques. Toutefois, il faudra reconnaître que la pandémie a pris tout le monde de court. Nous avons donc été obligés, comme tout un chacun d’ailleurs, de réorienter les priorités et de revoir les calendriers.

Aujourd’hui la priorité et l’urgence sont ailleurs. C’est à ce titre d’ailleurs que nous avons mené plusieurs activités au Sud pour sensibiliser, informer, alerter et surtout engager les populations à lutter vigoureusement contre la Covid-19.

Nous avons donc mobilisé plusieurs produits nécessaires, des denrées alimentaires au produits sanitaires au profit des populations, et remis au gouverneur, à la région médicale, aux communes et à certaines associations etc…Nous avons même offert un lot de produits à l’Amicale des Anciens élèves du Lycée  Djignabo pour mieux assister les élèves dans le cadre du Baccalauréat. 

Donc, il est clair que même si nos activités restent un peu discrètes, nous sommes sur le terrain et nous faisons notre travail convenablement. L’efficacité est visée dans cette bataille pas la médiatisation à outrance.

 Dakaractu : Pensez-vous que ce qui a été jusqu’ici fait, reste suffisant pour sensibiliser les gens sur la maladie?

 C’est vrai qu’il y’a toujours des efforts à faire. Au début, il y’a eu la psychose de la maladie,  ensuite, le déni de cette pandémie par certains et enfin, ce relâchement qui est d’ailleurs très regrettable et fâcheux.

Vous savez à un moment donné,  il fallait nécessairement que l’État concilie la riposte sanitaire aux impératifs sécuritaire et économique. Il y’a eu malheureusement une incompréhension des mesures d’assouplissement et cela a contribué en partie à l’explosion des cas aujourd’hui. Il faudra toutefois saluer cette reprise en main de la situation par l’État. Et  à mon humble avis, il faudrait que les récalcitrants soient beaucoup plus consciencieux et responsables face au virus car il n’épargne personne. C’est vrai, la restriction de liberté n’est jamais chose aisée. Mais à ce stade de la maladie, avec toutes les difficultés et limites  auxquelles nous faisons face, je crois qu’il faudrait que chaque citoyen fasse un don de soi, un don de sa parcelle de liberté au profit de la communauté. C’est le lieu de souligner et de magnifier le travail remarquable fait par le personnel médical. Mais n’empêche, la sensibilisation doit continuer car la maladie est toujours là.

 Dakaractu : Et la responsabilité de l’État? Vous semblez  l’ignorer!

 Vous savez, c’est très facile de critiquer. L’État a eu une démarche responsable, réfléchie et salutaire. Il faut rappeler que la pandémie a pris tout le monde de court. Aujourd’hui, qu’on le veuille ou non, il n’y a pas de recette miracle prête à l’emploi et passe-partout. L’État est obligé comme tout autre, d’observer, d’analyser et d’adapter les décisions par rapport à la situation réelle d’autant plus que c’est évolutif et que le virus n’est pas maîtrisé. Si vous vous rappelez bien, au début de la pandémie, le refus de l’État de rapatrier les sénégalais en Chine avait créé une vive polémique. Après tout le monde a compris que l’État avait raison. Le Président de la République a fait ce qu’il fallait faire. Maintenant, il faudra juste que les gens prennent le temps d’écouter parce que le virus n’a pas encore révélé tous ses secrets. On ne connaît pas exactement toutes les manifestations du virus. Au début, le port du masque n’était pas obligatoire, aujourd’hui, il devient obligatoire parce que la maladie est évolutive avec des mutations qu’on n’a pas encore pu gérer. Il faut donc se munir des gestes barrières et prendre ses précautions.

 Dakaractu : L’État n’a t-il pas à un moment donné, cédé à la pression?

À un moment donné, il fallait que l’État concilie les impératifs sécuritaire et économique à la riposte. Ça ne pouvait plus continuer que tout soit fermé et que toutes les activités soient à l’arrêt. On ne peut pas s’offrir le luxe de ne pas travailler. « Di tokk mouy dox ».  Il fallait donc faire marcher l’économie avec le respect strict des mesures sanitaires. Le virus a bouleversé  toutes les économies du monde. Quand vous regardez du coté des pays qui sont plus développés, vous avez vu, malgré leur puissance, la pandémie les a mis à terre. C’est d’ailleurs pourquoi vous entendez parler de récession ou encore de relance de l’économie. Bref, économiquement, je peux dire que l’État a pris les fortes mesures, les bonnes décisions même si, il faut le souligner, des efforts restent à faire et naturellement l’État s’y penche.

 Dakaractu : Aujourd’hui on parle de relance économique. Sera t-elle aisée compte tenu de nos réalités?

Les conditions de mise en pratique de la relance peuvent être favorables. Aujourd’hui nous avons vu le chef de l’État user de son leadership et faire un plaidoyer pour l’annulation de la dette. À côté de cela, il y a ce qui est aujourd’hui appelé la relance de l’économie. C’est vrai que, vu la situation de crise, cela va être difficile, mais pas impossible. D’autant plus que depuis 2014, notre économie nationale était sur une bonne trajectoire de 5.1 que la covid-19 a fait chuter à 1.1. Ce qui veut dire que c’est extrêmement difficile et délicat pour l’État, pour les entreprises. Maintenant avec ce plan de relance, l’État se réorganise. Il nous faudra nécessairement maîtriser la dette publique, favoriser le secteur privé, mais également accélérer les réformes qui sont une préoccupation majeure du chef de l’État sans oublier de rendre attractif le Sénégal face aux investissements étrangers directs. Je pense qu’avec ça, il est clair que nous pourrons retrouver la bonne dynamique qu’on a eue depuis 2014 parce qu’il faut le rappeler, la covid-19, a mis à nu nos faiblesses et notre vulnérabilité. À travers ce plan de relance économique, créer une résilience assez durable au profit de notre économie et au profit de notre population. Je pense que c’est bien possible d’y arriver d’autant plus que le référentiel de notre économie nationale reste toujours le PSE qui a été bien élaboré. Donc je pense qu’on va y arriver.

 Dakaractu : Le tourisme est aujourd’hui très affecté par la pandémie. Que proposez- vous pour venir à bout de ces difficultés notées dans ce secteur?

Je disais tantôt qu’il y’a ce plan de relance économique. Aujourd’hui, le tourisme occupe une bonne place dans notre économie. Une chaîne de valeurs il faut la sécuriser et notre pays gagnerait effectivement à faire la promotion de nos destinations. D’ailleurs, on voit beaucoup de publicités sur la promotion de la destination Sénégal avec des tarifs préférentiels. C’est vrai que pour l’hôtellerie au Sénégal, les tarifs sont chers. Ce qui pose un peu le problème de la compétitivité. Il nous faut des produits de qualité à moindre coût.  Il faut rendre attractif nos sites touristiques car, comme nous le savons, ce n’est pas juste la petite côte, il y’a également le Sénégal oriental, il y’a la Casamance et les Îles du Saloum. Tous ces axes que vous pouvez voir sur le secteur du tourisme sont développés dans le PSE. C’est pourquoi j’ai tenu tout à l’heure à rappeler que le plan Sénégal émergent reste notre référentiel en matière d’économie.

 Dakaractu : Le Forum civil avec notamment des entités regroupant des journalistes, ont jugé important la mise en place d’une loi d’accès à l’information vu la situation difficile des acteurs et professionnels des médias d’avoir les infos surtout dans ce contexte de pandémie. Comment appréciez-vous leur plaidoyer?

Une loi pour permettre d’avoir accès à l’information… Il me semble qu’il n’y a aucune loi qui interdit d’avoir accès à l’information. Bon, je ne sais pas si c’est pertinent d’aller jusque là, mais ce qui est sûr et certain, l’accès à l’information est un droit fondamental. Aussi bien pour le citoyen lamda que le journaliste. Il faudrait cependant que les journalistes puissent avoir accès à l’information. Ils en ont besoin dans le cadre de leur travail. Je pense que cette loi n’a pas sa raison d’être. 

 Dakaractu : Un mot sur la situation au Mali.

C’est vrai que c’est une situation difficile que traverse actuellement le Mali. Et c’est assez délicat pour toute l’Afrique de l’Ouest vu l’interconnexion des frontières. Espérons que l’Union Africaine et la Cedeao, de même que les chefs d’État vont rapidement trouver des pistes de sortie de cette crise et permettre à ce pays frère et ami, et non moins premier partenaire commercial de notre pays dans la sous-région, de retrouver une situation stable et durable.

 Dakaractu : En tant que femme politique du sud, comment appréciez-vous la bataille politique pré-locales?

 Je ne suis pas sûre que le moment soit des meilleurs pour en parler. Le plus important c’est  d’avoir une convergence de vues et des objectifs communs pour le développement de notre belle région. Avoir un cadre idéal pour discuter, échanger afin de bien préparer les locales ne serait pas inutile…

La Rédaction

Author: Alindo

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *