Guinée-Bissau : le gouvernement de transition se réorganise, Intchama rappelé à l’Intérieur et Fidelis Forbs nommé à la Pêche

À peine quelques jours après la controverse entourant le retour avorté de l’ancien président Umaro Cissoco Embaló, les autorités de transition bissau-guinéennes ont procédé à un remaniement ministériel qui ne passe pas inaperçu. Le président de transition, le général d’armée Horta Inta-a, a nommé António Suca Intchama au poste de ministre de l’Intérieur et de l’Ordre public, tandis que Fidelis Forbs hérite du portefeuille de la Pêche et de l’Économie maritime.

Les nominations ont été officialisées par le décret présidentiel n°23/2026 signé le 6 octobre. Elles interviennent dans la foulée de la révocation de deux membres du gouvernement de transition. Le général de brigade Mamassaliu Embaló a été démis de ses fonctions à l’Intérieur, alors que Virgínia Maria da Cruz Godinho Pires Correia a quitté le ministère de la Pêche et de l’Économie maritime.

Le retour d’António Suca Intchama à la tête du ministère de l’Intérieur marque le comeback d’une figure bien connue de l’administration bissau-guinéenne. Le général de brigade à la retraite avait déjà occupé ce poste sous le gouvernement de transition dirigé par Rui Duarte Barros après la crise politique de 2014. Son expérience dans la gestion des questions sécuritaires est perçue comme un atout dans un contexte national particulièrement sensible.

Au ministère de la Pêche et de l’Économie maritime, Fidelis Forbs apporte lui aussi un solide bagage politique. Ancien ministre de l’Énergie dans un gouvernement conduit par Braima Camará, figure du MADEM-G15, il exerçait jusqu’ici les fonctions de conseiller auprès du Premier ministre de transition, Ilídio Vieira Tê. Sa nomination intervient dans un secteur stratégique pour l’économie du pays, fortement dépendante de ses ressources halieutiques.

Au-delà du simple réaménagement gouvernemental, plusieurs observateurs voient dans ces changements une décision à forte portée politique. Selon diverses sources, les deux ministres sortants étaient réputés proches de l’ancien président Umaro Cissoco Embaló, dont le retour annoncé en Guinée-Bissau avait récemment suscité de vives réactions sur la scène nationale.

L’ancien chef de l’État avait en effet annoncé son intention de rentrer dans le pays après plusieurs mois d’absence. Une perspective qui avait mobilisé ses partisans et relancé les débats sur son avenir politique. Toutefois, ce retour n’a finalement pas eu lieu. Umaro Cissoco Embaló avait expliqué sa décision par des préoccupations liées à sa sécurité, accusant les autorités de transition de ne pas offrir les garanties nécessaires à son arrivée sur le territoire national.

Cet épisode a mis en lumière les tensions persistantes entre les nouvelles autorités et les partisans de l’ancien régime. Dans ce contexte, le remplacement de deux ministres considérés comme proches de l’ex-président apparaît, pour certains analystes, comme un signal de reprise en main et de consolidation du pouvoir de transition.

En procédant à ces changements au sein de deux ministères stratégiques, le général Horta Inta-a semble vouloir renforcer son dispositif gouvernemental à un moment où la stabilité politique et sécuritaire demeure l’un des principaux défis de la transition bissau-guinéenne. Les prochains mois permettront de mesurer l’impact de ce remaniement sur l’équilibre des forces politiques du pays et sur la conduite du processus de transition.

Author: La rédaction

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