
Vingt‑quatre ans après la tragédie du Joola, l’Église catholique de Ziguinchor a organisé une veillée nocturne en mémoire des près de 2 000 victimes. Fidèles, rescapés et familles endeuillées ont marché, bougies en main, du monument commémoratif jusqu’à la cathédrale, dans un geste de recueillement et de foi. Dans son homélie, Mgr Jean‑Baptiste Valter Manga a rappelé la nécessité de ne pas oublier, de reconnaître les responsabilités et d’opérer une véritable conversion individuelle et collective pour éviter que de tels drames ne se reproduisent.

La nuit du 25 au 26 septembre 2002 reste gravée dans la mémoire nationale comme l’une des plus grandes catastrophes maritimes de l’histoire. Le bateau Le Joola, parti du port de Ziguinchor pour Dakar, sombrait au large de la Gambie, emportant avec lui près de 2 000 vies. Vingt‑quatre ans après, l’émotion demeure intacte. Pour Mgr Manga, cette veillée devait être « un temps de mémoire, de prière et d’espérance ».Le choix du parcours n’était pas anodin : partir du monument érigé par l’État pour lutter contre l’oubli, puis rejoindre la cathédrale, symbole du sacrifice du Christ. « Veiller, c’est partager la nuit des victimes et des rescapés, mais aussi laisser entrer une petite lumière d’espérance », a souligné l’évêque.

Dans son homélie, l’évêque de Ziguinchor a convoqué l’Évangile selon saint Luc, rappelant que la mort peut frapper à tout moment et que la seule réponse est la vigilance et la conversion. « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière », a‑t‑il répété, insistant sur la responsabilité de chacun dans la préservation de la vie.
Mgr Manga a dénoncé avec force les négligences qui ont conduit au naufrage. Les enquêtes avaient révélé des manquements graves, du sommet de l’État jusqu’aux simples citoyens. « Ne pas faire ce qu’on devait faire, ne pas bien faire ce qu’on était en droit de bien faire, surtout quand cela engage des vies, c’est un péché », a‑t‑il martelé, rappelant que le péché par omission est au cœur de cette catastrophe.

Il a introduit le terme « Garaoul », ces petites négligences qui, accumulées, deviennent destructrices. « Quelqu’un devait faire une chose, il ne l’a pas faite : Garaoul. Un autre devait faire autre chose, il ne l’a pas faite : Garaoul. L’accumulation de ces manquements conduit à la catastrophe », a‑t‑il expliqué.
Au‑delà du naufrage, l’évêque du diocèse de Ziguinchor a élargi sa réflexion aux comportements actuels dans la société sénégalaise. Surcharge des véhicules, non‑respect du port du casque, blocages dans l’immatriculation des engins… autant de pratiques qui continuent de mettre des vies en danger. « Commémorer le naufrage du Joola, c’est refuser d’oublier et de minimiser nos responsabilités dans la mort encore aujourd’hui de nos frères et sœurs », a‑t‑il averti.

Il a également regretté que les résolutions prises après le drame soient restées lettre morte. « Beaucoup de décisions ont été annoncées, mais la plupart n’ont jamais été appliquées. Et parfois, ce sont nous‑mêmes, les populations, qui avons été les facteurs bloquants », a‑t‑il déploré, appelant à une introspection sincère et courageuse.
La veillée s’est conclue par une prière pour les victimes, leurs familles et les rescapés. « Que le Seigneur accueille nos frères et sœurs naufragés et apaise le cœur des parents, des amis et des survivants qui ont besoin de notre appui, de notre prière et de notre consolation », a imploré Mgr Manga.

Cette commémoration, au‑delà du souvenir, se veut un appel à la responsabilité et à la vigilance. Car, comme l’a rappelé l’évêque, « il n’y a pas un âge pour mourir ». La conversion, individuelle et collective, est urgente et nécessaire pour que la mémoire du Joola devienne une source de changement et de vie.








