Ziguinchor face à l’épreuve de la compétitivité : un potentiel bridé par l’enclavement et la faiblesse du tissu économique

Ziguinchor face à l’épreuve de la compétitivité : un potentiel bridé par l’enclavement et la faiblesse du tissu économique

La restitution du rapport monographique du pôle Sud, ce vendredi 21 août 2026, à Ziguinchor a révélé les paradoxes d’une région riche en ressources mais freinée par des obstacles structurels persistants. Réalisée par l’Agence Nationale de l’Aménagement du Territoire (ANAT) – organisme public chargé de concevoir et coordonner les politiques d’aménagement du territoire – l’étude fournit à l’État et aux acteurs économiques des instruments de planification sur un horizon de dix ans. Les interventions de Moussa Sall, coordonnateur de la Task-force du Programme d’amélioration de la compétitivité et de l’emploi (PACE), et de Modou Mamoun Diop, préfet d’Oussouye, ont mis en lumière les défis majeurs qui freinent le développement de Ziguinchor et du pôle Sud.

« Si vous ne structurez pas vos chaînes de valeur, vous ne créez pas de développement, quels que soient les investissements de route, de formation ou d’encadrement qu’on peut faire », a martelé Moussa Sall, insistant sur la nécessité de mettre le secteur privé au cœur du développement. Il a rappelé que la région perd entre 40 et 50 % de la valeur de l’anacarde, faute de transformation locale. Les industries de transformation, bien que présentes, peinent à s’approvisionner en matières premières, ce qui fragilise l’ensemble du système productif. Les statistiques ne sont pas stabilisées entre Ziguinchor et Sédhiou, ce qui complique encore la maîtrise de la filière.

Le rapport met aussi en évidence le paradoxe du tourisme. Avec 850 kilomètres de côtes et un potentiel exceptionnel en matière d’écotourisme, Ziguinchor peine à attirer plus de 10 000 visiteurs par an, un chiffre dérisoire comparé au million de touristes ciblés par le Sénégal. « L’écotourisme est un segment extrêmement attractif dans le monde, mais à cause des freins de l’enclavement, Ziguinchor peine à capitaliser », a souligné Moussa Sall, Coordonnateur de la Task-force du PACE. 

Il a également insisté sur la nécessité de penser le développement en termes de pôles intégrés. « On ne peut plus réfléchir Sédhiou sans Kolda, ni Kolda sans Ziguinchor. Les chaînes de valeur de la mangue, de l’arachide, des oléagineux ou de l’anacarde transcendent les régions », a-t-il expliqué. Si Ziguinchor regorge de grandes entreprises solides et bien positionnées, le tissu des PME reste fragile, nécessitant un accompagnement renforcé et des réformes pour bâtir des écosystèmes économiques viables.

De son côté, Modou Mamoun Diop, Préfet d’Oussouye et représentant du Gouverneur de Ziguinchor Mor Talla Tine, a insisté sur l’importance de l’étude monographique, qui permet de mieux connaître les forces et faiblesses du territoire, mais aussi les facteurs qui pourraient compromettre son développement. « Le pôle Sud a cette particularité d’être très enclavé. Pour y venir, il faut la plupart du temps traverser un pays », a-t-il rappelé, mettant en exergue l’enclavement comme un handicap majeur. Selon lui, cette étude offre aux acteurs une base solide pour prendre des décisions éclairées et à l’État des outils pour mieux élaborer ses politiques publiques.

La Direction du Développement du Secteur Privé (DDSP), à travers la stratégie nationale de développement et d’investissement, entend opérationnaliser des plans d’accompagnement pour renforcer les filières et transformer les potentialités du pôle Sud en richesses durables. Mais sans une structuration des filières, une réduction de l’enclavement et un soutien massif aux PME, Ziguinchor risque de rester en marge du développement national.

Le rapport monographique du pôle Sud apparaît ainsi comme un avertissement et un appel à l’action. Les propos de Moussa Sall et de Modou Mamoun Diop traduisent une urgence : transformer les richesses naturelles et touristiques de Ziguinchor en véritables moteurs de compétitivité et d’intégration territoriale.

Author: La rédaction

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