{"id":5789,"date":"2020-08-20T10:11:32","date_gmt":"2020-08-20T09:11:32","guid":{"rendered":"https:\/\/casamance-info.com\/web\/?p=5789"},"modified":"2020-08-20T10:11:32","modified_gmt":"2020-08-20T09:11:32","slug":"reportage-elinkine-casamance-la-cosmopolite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/casamanceinfo.com\/infos\/reportage-elinkine-casamance-la-cosmopolite\/","title":{"rendered":"Reportage Elinkine Casamance la cosmopolite"},"content":{"rendered":"<h3 class=\"c-h1\"><strong style=\"font-size: 16px;\">Si la Casamance est un kal\u00e9idoscope humain, Elinkine en est le symbole. De sa fondation \u00e0 aujourd\u2019hui, le village a toujours \u00e9t\u00e9 un point de rencontre. Attir\u00e9es par la p\u00eache, plusieurs ethnies, venues de toute la sous-r\u00e9gion, y vivent aujourd\u2019hui en parfaite harmonie.<\/strong><\/h3>\n<div class=\"simple-text size-4 tt-content title-droid margin-big\">\n<h3><strong><u>Idrissa SAN\u00c9 et Seydou KA (textes) et Moussa SOW (photos)<\/u><\/strong><\/h3>\n<p>Une odeur \u00e2cre de poisson s\u00e9ch\u00e9. \u00ab\u00a0Une fois rentr\u00e9s, il faut aussit\u00f4t enlever vos habits et les laver avant de les m\u00e9langer avec les autres\u00a0; sinon cette odeur vous restera coller pendant longtemps \u00bb, conseille Seyni Ke\u00efta, pr\u00e9sident du quai de p\u00eache. \u00c0 Elinkine, toute la vie semble tourner autour de la p\u00eache. Aussi, le visiteur est particuli\u00e8rement frapp\u00e9 par cette odeur d\u00e8s son entr\u00e9e dans le village. Ce vendredi 7 ao\u00fbt, m\u00eame si le drapeau affiche vert, signe que la mer est praticable, l\u2019essentiel des embarcations sont \u00e0 quai. \u00ab\u00a0Durant cette p\u00e9riode de l\u2019ann\u00e9e, et jusqu\u2019au 15 ao\u00fbt, aucune pirogue ne va en mer \u00e0 cause des intemp\u00e9ries et de la houle\u00a0\u00bb, renseigne un vieux p\u00eacheur. Un groupe de jeunes Ghan\u00e9ens, muscles saillants, coupe de cheveux \u00e0 la Jordan Ayew, essaient de remonter une grande pirogue qui surplombe tout ce beau monde. \u00ab\u00a0Joogui Oh\u00a0! Joogui\u00a0! Joogui Oh\u00a0!\u00a0\u00bb. Au signal, les solides gaillards tirent les cordes. Le bloc de bois bouge \u00e0 peine. Ils recommencent. Assis \u00e0 c\u00f4t\u00e9, Mamadou Thiam r\u00e9pare tranquillement ses filets, un gar\u00e7on de deux ans sur ses genoux. Il est le pr\u00e9sident du Conseil local de p\u00eache artisanale (Clpa) d\u2019\u00c9linkine. \u00ab\u00a0Cette pirogue nous appartient. Mais, comme la communaut\u00e9 ghan\u00e9enne est tr\u00e8s organis\u00e9e, nous avons sollicit\u00e9 leur aide pour la remonter \u00bb, renseigne-t-il. De parents niominka (s\u00e9r\u00e8res des \u00eeles du Saloum), Mamadou, qui est n\u00e9 \u00e0 \u00c9linkine, s\u2019est aujourd\u2019hui \u00ab\u00a0diolais\u00e9\u00a0\u00bb. Il parle parfaitement la langue diola. Son p\u00e8re s\u2019\u00e9tait install\u00e9 ici en 1968. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, c\u2019\u00e9tait le seul qui s\u2019activait dans la transformation de gros poissons (requins et autres raies). Aujourd\u2019hui, cette activit\u00e9 est l\u2019apanage des Ghan\u00e9ens. Avec leurs grosses pirogues, ils ne sont int\u00e9ress\u00e9s que par ces deux esp\u00e8ces qu\u2019ils vont p\u00eacher jusqu\u2019en Guin\u00e9e Bissau (voir ailleurs).<\/p>\n<p><strong>Un fondateur venu du nord du S\u00e9n\u00e9gal<\/strong><\/p>\n<p>En plus des Ghan\u00e9ens, la population d\u2019\u00c9linkine est compos\u00e9e de quasiment toutes les ethnies du S\u00e9n\u00e9gal. On y retrouve les diolas, les s\u00e9r\u00e8res, les wolofs, les peuls, les mandings et m\u00eame des soussous (d\u2019origine guin\u00e9enne) et des Sierra-L\u00e9onais. \u00ab\u00a0A \u00c9linkine, c\u2019est la sous-r\u00e9gion\u00a0\u00bb, r\u00e9sume Fr\u00e9d\u00e9ric Sambou, le chef du village depuis 25 ans.<\/p>\n<p>Assis sur le \u00ab\u00a0kabita\u00a0\u00bb (grand tambour utilis\u00e9 pour la communication des nouvelles importantes\u00a0: d\u00e9c\u00e8s, d\u00e9tresse, f\u00eate\u2026), \u00e0 l\u2019ombre d\u2019un \u00ab\u00a0butol\u00a0\u00bb, un grand arbre au bord du fleuve, le septuag\u00e9naire nous raconte comment le village est devenu, au fil du temps, un melting-pot, symbole de la diversit\u00e9 ethnique et linguistique qu\u2019est la Casamance. Cette diversit\u00e9 se retrouve m\u00eame dans l\u2019histoire de la fondation du village. Il existe ainsi trois versions sur l\u2019origine du nom d\u2019\u00c9linkine. L\u2019une veut que le nom soit une d\u00e9formation d\u2019Elen King, une ressortissante sierra-l\u00e9onaise qui tenait une boutique dans le village. L\u2019autre voudrait que ce soit une d\u00e9formation du mot diola \u00ab\u00a0hulinkine\u00a0\u00bb (le nom d\u2019une pierre, un f\u00e9tiche ou encore le bras droit du roi). En revanche, il y a consensus sur le nom du fondateur du village, Omar Teuw, un wolof venu du nord du S\u00e9n\u00e9gal. Quant au premier chef du village, il s\u2019appelait Thiokane Ndiaye. A l\u2019image d\u2019autres localit\u00e9s en Casamance, il y a un cimeti\u00e8re commun \u00e0 \u00c9linkine o\u00f9 musulmans et chr\u00e9tiens sont enterr\u00e9s c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te. Et dans une m\u00eame famille, on peut retrouver un musulman, un chr\u00e9tien et un animiste. Signe de cette coexistence pacifique, des membres des autres ethnies peuvent \u00eatre autoris\u00e9s \u00e0 participer au \u00ab\u00a0boucoute\u00a0\u00bb (circoncision diola) s\u2019ils sont initi\u00e9s, renseigne Fr\u00e9d\u00e9ric Sambou, jetant un coup d\u2019\u0153il aux menuisiers m\u00e9talliques qui s\u2019activent autour d\u2019une grande pirogue.<\/p>\n<p><strong>Le tourisme, l\u2019autre mamelle gripp\u00e9e par la Covid-19<\/strong><\/p>\n<p>A 75 ans, le chef du village ne fait pas son \u00e2ge. Il est encore tr\u00e8s solide. Seule sa bouche, o\u00f9 subsiste une dentition clairsem\u00e9e, renseigne sur son \u00e2ge avanc\u00e9. Il nous fait visiter tout le village, sous la pluie. Dans sa famille, la long\u00e9vit\u00e9 est de r\u00e8gle. \u00ab\u00a0Mon p\u00e8re a v\u00e9cu plus de cent ans, ma m\u00e8re aussi. Peut-\u00eatre que je vivrai autant\u00a0\u00bb, r\u00e9pond-il \u00e0 notre question sur son \u00ab\u00a0secret\u00a0\u00bb. Si secret, il y en a, ce serait une alimentation saine, puisque \u00ab\u00a0je mange du riz blanc et peu d\u2019huile\u00a0\u00bb, argumente le chef du village.<\/p>\n<p>\u00c9linkine est la porte d\u2019entr\u00e9e des \u00eeles (Ourong, \u00c9hij, Wenday et Kifoka) o\u00f9 est pratiqu\u00e9e la riziculture. Ce sont ces quatre \u00eeles qui forment le grand \u00c9linkine. Pour ce qui est de la p\u00eache, la principale source de revenus des habitants, \u00ab\u00a0l\u2019activit\u00e9 marche toujours, m\u00eame si on note une rar\u00e9faction de la ressource\u00a0\u00bb, note Mamadou Thiam, le pr\u00e9sident du Clpa. \u00ab\u00a0C\u2019est amer \u00e0 avaler, mais l\u2019\u00c9tat du S\u00e9n\u00e9gal a vendu sa ressource aux bateaux \u00e9trangers\u00a0\u00bb, accuse Fr\u00e9d\u00e9ric Sambou. Actuellement, il ne reste pratiquement qu\u2019une seule esp\u00e8ce, le \u00ab\u00a0kaabo\u00a0\u00bb, ajoute M. Thiam.<\/p>\n<p>Selon Seyni Ke\u00efta, pr\u00e9sident du quai de p\u00eache, plus de 150 embarcations op\u00e8rent \u00e0 partir d\u2019\u00c9linkine. Comme le veut la tradition, \u00e0 chaque d\u00e9barquement, le propri\u00e9taire de la pirogue donne au chef du quai un gros poisson. Ce dernier peut le revendre. Dans ce cas, c\u2019est le propri\u00e9taire qui est prioritaire pour le racheter.<\/p>\n<p>En dehors de la p\u00eache, le tourisme est la deuxi\u00e8me source de revenus du village. Seulement, depuis le d\u00e9but de la Covid-19, le campement villageois attend d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment des visiteurs. Lors de notre passage, une famille \u00e9tait en train de prendre un toast au bar, avant de reprendre la route. \u00ab\u00a0En p\u00e9riode normale, nous faisons tout le temps le plein\u00a0; il faut faire une r\u00e9servation avant de venir\u00a0\u00bb, explique le tenant du bar, en l\u2019absence du g\u00e9rant, d\u2019un ton d\u00e9pit\u00e9.<\/p>\n<p>Situ\u00e9 \u00e0 bord du bolong, \u00e0 25 minutes de pirogue de Karabane et de Djembereng, le r\u00e9ceptif est le tout premier campement villageois au S\u00e9n\u00e9gal. Il a \u00e9t\u00e9 construit en 1970 et mis en service deux ans plus tard. Pendant longtemps, il a \u00e9t\u00e9 la \u00ab\u00a0vache \u00e0 lait\u00a0\u00bb du village. Les ressources g\u00e9n\u00e9r\u00e9es ont servi \u00e0 la construction d\u2019un poste de sant\u00e9 et d\u2019une \u00e9cole. Cons\u00e9quence d\u2019une construction anarchique, \u00c9linkine conna\u00eet, toutefois, des probl\u00e8mes d\u2019urbanisation. Certains quartiers sont inond\u00e9s \u00e0 chaque hivernage. \u00ab\u00a0Nous avons besoin d\u2019un plan d\u2019urgence d\u2019assainissement\u00a0\u00bb, plaide Fr\u00e9d\u00e9ric Sambou.<\/p>\n<p>Lesoleil.sn<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si la Casamance est un kal\u00e9idoscope humain, Elinkine en est le symbole. 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