Naufrage du Joola : au musée mémorial, prières et appels en prélude du 24e anniversaire

À Ziguinchor, au musée mémorial du bateau Le Joola, imams, rescapés et familles endeuillées se sont rassemblés pour une journée de prières et de mémoire, en prélude au 24e anniversaire du naufrage. Entre foi, recueillement interreligieux et revendications sociales, les témoignages ont rappelé l’ampleur de la tragédie et exhorté l’État à assumer ses responsabilités envers les victimes et leurs proches.

La cérémonie a débuté par une lecture du Coran et des prières collectives, dirigées par les imams de la région. L’imam Cheikh Alioune Ndao, imam de la Grande Mosquée de Boucotte et qadi de Ziguinchor, a livré un message empreint de spiritualité et de dignité. « Chaque année, nous faisons mémoire de nos disparus. Nous organisons des prières collectives pour eux. Que Dieu augmente Sa miséricorde envers eux », a‑t‑il déclaré, avant d’appeler les autorités à ne pas oublier les familles, les veuves et les orphelins. Pour lui, cette commémoration est un acte de foi et de mémoire, mais aussi un rappel à la solidarité nationale.

Samba Goundiam, membre d’une famille de victimes, a insisté sur la nécessité de considérer le naufrage du Joola comme « la plus grande tragédie maritime au monde ». Il a rappelé les revendications des familles concernant les ossements des disparus et la reconnaissance d’un musée mémorial digne de ce nom. « Il faut que l’État pense à ça, c’est le combat des parents », a‑t‑il martelé, soulignant l’importance de donner aux acteurs impliqués la place et la considération qu’ils méritent.

Keita Ousmane, l’un des 64 rescapés, a livré un témoignage bouleversant. Il a évoqué la difficulté de vivre avec les souvenirs de cette nuit tragique, les cauchemars persistants et l’absence d’accompagnement socio‑professionnel. « Il y en a qui pour dormir doivent prendre un cachet. D’autres n’ont jamais trouvé de travail après leurs études. Nous aurions aimé que l’État ou les œuvres de bienfaisance nous viennent en secours », a‑t‑il confié. Pour lui, le renforcement des familles est plus urgent que le renflouement du bateau. Il a toutefois salué le peuple sénégalais qui, depuis le 27 septembre 2002, n’a cessé de soutenir les victimes et les rescapés, rappelant que cette solidarité populaire reste un pilier essentiel pour surmonter l’épreuve.

La journée s’est conclue par une veillée chrétienne, illustrant la dimension interreligieuse et communautaire de la commémoration. Musulmans et chrétiens, unis dans le recueillement, ont montré que la mémoire du Joola transcende les appartenances religieuses et demeure un symbole de fraternité nationale. Au musée mémorial, les prières et les témoignages ont réaffirmé que cette tragédie ne doit jamais être reléguée à l’oubli, mais au contraire servir de repère pour construire une société plus solidaire et plus juste.

Author: La rédaction

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